L'Assemblée Nationale, le Pont de la Concorde, depuis le quai des Tuileries
L'Assemblée Nationale, le Pont de la Concorde, depuis le quai des Tuileries © Radio France

Quand il était Premier ministre, entre 1988 et 1991, Michel Rocard utilisait plus souvent qu’à son tour l’arme du 49.3 qui déclenchait la réplique de la motion de censure mais il consentait fort bien à ajouter à sa majorité toujours relative telle ou telle voix quand elle acceptait de se porter sur lui, à un moment ou à un autre. Michel Rocard disait avoir confiance en la liberté du vote personnel ; Edgar Faure, avant lui, en appelait à des majorités d’idées qui pouvaient se réaligner différemment en fonction des textes.

Ce n’est pas la tradition du Palais-Bourbon, telle qu’elle s’est construite depuis le début du XXème siècle, en tout cas. Au motif qu’il ne fallait pas abuser les électeurs qui avaient voté pour un programme, les socialistes les premiers imposèrent la discipline de groupe : un député-boitier au bout de la rangée vote au nom des absents et les dissidents sont priés d’obtempérer s’ils veulent voir renouvelée leur investiture par le parti. Mardi, les élus de l’opposition qui entendaient voter la loi Macron avaient les oreilles qui sifflaient, tout comme les frondeurs socialistes qui voulaient la refuser.

Les députés sont des rouages d’une grande machine partisane. C’est peut-être pour cela qu’ils se tutoient si facilement. Ce sont des camarades d’usine. Mais leurs lieux de travail sont confortables : le public connaît bien la salle des Quatre Colonnes où ils effectuent la tâche la plus prosaïque qui soit : distribuer leur pain à d’autres ouvriers spécialisés, les journalistes.

Mais entre les murs du Palais-Bourbon, sous une verrière qui laisse mal passer le jour, il est un lieu consacré sans lequel l’endroit n’existerait pas, et qui s’appelle l’hémicycle. Les bâtiments faits de main d’homme enveloppent une utopie qui demeure au centre : l’utopie de la construction de la loi par la parole partagée.

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