En 1965, les participants du Concile Vatican II croient, lorsqu’ils se séparent, avoir construit la plate-forme où se rencontreraient enfin Eglise et monde moderne.

Fidèles devant Notre-Dame de Paris en 2013
Fidèles devant Notre-Dame de Paris en 2013 © Getty / Godong

En 1965, les participants  du Concile Vatican II croient, lorsqu’ils se séparent, avoir construit la plate-forme où se rencontreraient enfin Eglise et monde moderne.

Le Concile avait reconnu la valeur de la pluralité et de la liberté. On pouvait penser que c’en était fini du mythe  d’un  Moyen Age qui aurait subordonné le politique au religieux. « Feu la chrétienté », avait écrit dès 1950 un philosophe catholique, Emmanuel Mounier

Les voies du Seigneur étant impénétrables, les lendemains du Concile ne furent pas ceux qui étaient prévus. Au moment où l’Eglise rejoignait les libertés modernes, celles-ci changeaient de contenu. L’individu, après avoir acquis les libertés politiques, en appelait à la libération des mœurs et des désirs. Le Concile n’avait pas prévu la révolution anthropologique dont 68 reste comme le signal. S’arc-boutant à la défense de la morale naturelle et familiale, l’Eglise éloigne d’elle quantité de chrétiens qui, auparavant, se tenaient encore sur le parvis et qui vont maintenant lui tourner le dos. Dans une Europe que les papes eux-mêmes considèrent dorénavant comme païenne,  n’aurait-elle plus d’autre devenir que celle d’une minorité active ?

C’est paradoxalement à cet instant que certaines forces politiques qui, jusque-là, partageaient le mouvement général de déchristianisation relèvent la bannière de l’Europe chrétienne. Y sont inscrites de vieilles images : la crèche de Noël, le baptême de Clovis, le siège de Vienne face aux Ottomans mille ans plus tard, la protection de la Vierge… Un exemple. Matteo Salvini, le ministre de l’Intérieur italien, qui ne semble pas particulièrement touché par la grâce divine quand il s’affiche quotidiennement avec de pulpeuses créatures aime poser aussi en compagnie de la statue de la Vierge. Et pas n’importe laquelle, celle de Medjugorje, qui apparaît en Croatie en 1981, n’est toujours pas reconnue par Rome  mais  est utilisée par les nationalistes croates pendant les combats en ex-Yougoslavie. 

Le  christianisme dit porter au cœur un message de paix et d’espérance. L’utilisation qui est faite aujourd’hui du vocabulaire de la Chrétienté ne poursuit  pas nécessairement ces objectifs.  

Bibliographie :

L'Europe est-elle chrétienne ? de Olivier Roy (Seuil).

La sainte ignorance. Le temps de la religion sans culture de Olvier Roy (Points).

Le monde du catholicisme de Jean-Dominique Durand, Claude Prudhomme, Collectif (Robert Laffont).

Chanson de Pierrefonds, Tournez les yeux vers le seigneur.

Les invités
  • Olivier RoyPolitologue, professeur à l'Institut universitaire européen de Florence
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