Il y eut une cinématographie algérienne. Elle était coiffée de l’auréole qu’avait donnée au pays la guerre d’indépendance. Elle disposait de structures étatiques de financement, d’une cinémathèque pilote. Elle avait ses figures de proue comme Mohammed-Lakdhar Hamina, palme d’or à Cannes 1975.

Sofia Djama au Festival international du film francophone de Namur en 2017
Sofia Djama au Festival international du film francophone de Namur en 2017 © Getty / Sylvain Lefevre

Il y eut une cinématographie algérienne. Elle était coiffée de l’auréole qu’avait donnée au pays la guerre d’indépendance. Elle disposait de structures étatiques de financement, d’une cinémathèque pilote. Elle avait ses figures de proue comme Mohammed-Lakdhar Hamina, palme d’or à Cannes 1975.  Pour autant qu’elle restait utile au régime,  elle semblait assurée de la durée.

En réalité, elle  donnait déjà des signes de faiblesse dans les années 1980 et elle ne survivra pas à la guerre civile. 

Pourtant les signes du réveil se multiplient. Il n’y a plus de cinématographie algérienne mais il y a beaucoup de films qu’on peut dire algériens. Leur financement est rassemblé dans toutes sortes de pays, en Europe, en Amérique, dans le monde arabe. Leurs réalisateurs vivent ici, là, ailleurs et se méfient de l’enfermement dans un territoire. Malek Bensmaïl, un des tout premiers d’entre eux, les appelle au courage : fouillons les plaies, dit-il, interrogeons la guerre d’indépendance, la décennie noire, le processus de réconciliation patronné par Bouteflika lors de ses premiers mandats. Et aussi la corruption, la sexualité etc…

Bensmaïl ajoute : « On ne pourra parler d’une nouvelle génération du cinéma que si cet effort est fait. » Encore récemment, il se désolait : « Notre pays, c’est une course de fond où les gens font du surplace. » Puis est venu le temps des marches et des cortèges. Les cinéastes les ont rejoints. Dieu ayant récemment envoyé ses derniers prophètes, Internet et Facebook, les manifestants ne cessent de s’y filmer eux-mêmes. « A nous les écrans », proclame une association fondée par Mohammed-Lakdhar Tati.

Une blague dit que si Bouteflika avait pu voir ce qui se tournait ces dernières années dans le pays, il aurait compris. Hélas il n’y a plus guère de salle de cinéma en Algérie, peut-être même pas dans sa résidence médicalisée de Zeralda. La blague continue : mais il suffirait maintenant qu’on lui montre les images où la foule piétine ses portraits, il s’en retournerait aussitôt chez lui, piqué au vif dans son orgueil. 

Bibliographie

Où va le cinéma algérien ? Cahiers du Cinéma, février-mars 2003.

Mon oncle d'Algérie de Nathalie Funès (Stock).

Le camp de Lodi. Algérie, 1954-1962 de Nathalie Funès (Stock).    

Emission de La Marche de l'Histoire du 26/01/2018 : Le témoin du vendredi : Merzak Allouache, jeunesses d'Algérie

Filmographie :

Coffret Malek Bensmaïl, INA.

Mascarades de Lyes Salem, 2008.

Les Bienheureux de Sofia Djama, 2017.

Documentaire Contre-pouvoirs de Malek Bensmaïl, 2015.

Dans ma tête un rond point de Hassen Ferhani, 2015.

Mon histoire n'est pas encore écrite, documentaire de Jacqueline Gozland.

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