Dans les grandes années d’échanges franco-russes du début du XXe, le riche Chtchoukine visitait avec passion les galeries et les ateliers de la capitale

Peintre à l'œuvre
Peintre à l'œuvre © Getty / Vladimir Godnik

À Paris, Poutine ne devait pas seulement inaugurer, au cœur de Paris en bord de Seine, le « centre culturel et spirituel » financé par l’État russe – autrement dit, pour parler clair, la cathédrale de la sainte Trinité, désormais tête de pont en France du patriarcat de Moscou. On attendait aussi Poutine au bois de Boulogne, à la Fondation Vuitton, pour l’ouverture de l’exposition Chtchoukine.

► le jeudi 20 octobre, le 7/9 de France Inter était diffusée depuis l'exposition ; réécoutez-le

Dans les grandes années d’échanges franco-russes du début du XXe, pendant que Diaghilev étonnait Paris avec sa compagnie de ballets, le riche Chtchoukine qui aurait pu être un oligarque ordinaire visitait avec passion les galeries et les ateliers de la capitale. Frappé par nombre de malheurs privés qui ressemblaient à une malédiction, l’homme avait eu la tentation du désert. Mais c’était un inventeur, au sens propre du mot. Précédé de sa baguette de sourcier, il repérait les peintres qui s’engageaient le plus avant. En achetant leurs toiles en grand nombre, en leur passant parfois des commandes, en les installant toujours au plus près de lui, dans son palais de Moscou… Au risque d’avoir des difficultés à vivre en leur compagnie. Ainsi élit-il Gauguin, Matisse, Picasso. Matisse a dit qu’aucun collectionneur ne l’avait poussé à ce point dans ses retranchements.

La prise du pouvoir par les bolcheviks poussa Chtchoukine à partir, sans bagages. Sa collection fut réunie en 1918 avec celle de Morozov dans un musée d’art contemporain. Celui-ci faillit disparaître pendant le règne de Staline. En 1948, le génial petit Père des peuples ordonna la fermeture d’un établissement inutile qui témoignait d’un esprit bourgeois et réactionnaire. Dispersées entre l’Ermitage et le musée Pouchkine, les toiles mirent du temps à réapparaître.

Mais ce que Staline avait séparé, Bernard Arnault le rassemble. Cent cinquante-huit des 274 œuvres de la collection sont de nouveau réunies. Mais attention, pour quelques mois seulement. La Fondation Vuitton ne peut pas encore tout !

Site de l'exposition Icônes de l'art moderne. La collection Chtchoukine à la Fondation Vuitton du 22 octobre 2016 au 20 février 2017
Catalogue de l'exposition : «Icônes de l'art moderne. La collection Chtchoukine», collectif sous la direction d'Anne Baldassari, éd. Gallimard

Anne Baldassari invitée de Patrick Cohen dans le 7/9 de France Inter : "Henri Matisse a été le mentor de Chtchoukine en art contemporain"

Site de la collection Chtchoukine

Documentaire Sergueï Chtchoukine, le roman d'un collectionneur, diffusé sur Arte le 30 octobre 2016 à 17h25

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