Karol Mozdzelewski est historien. Les règles du métier lui ont appris à se garder de la dénonciation d’un bouc émissaire. Il sait aussi le poids du conformisme. Par conformisme, les Polonais s’accommodent du gouvernement actuel comme ils ont pu s’accommoder du faux socialisme du parti communiste.

Banderole électorale au nom de Solidarnosc en 1989
Banderole électorale au nom de Solidarnosc en 1989 © Getty / Bernard Bisson

Les militants de Solidarnosc, et parmi eux Karol Modzelewski qui en fut un porte-parole en 1980, ont cru en une Pologne fraternelle.

Mais aujourd’hui, en portant au pouvoir le parti de Kaczynski, le pays a manifesté sa déception devant la démocratie, assimilée à l’arbitraire des élites corrompues. Depuis, il peut être tenté par l’autorité si elle utilise le langage de la justice sociale. Les politologues appellent cela le populisme, d’un mot qui sent le mépris mondain pour le peuple.

Karol Mozdzelewski est historien. Les règles du métier lui ont appris à se garder de la dénonciation d’un bouc émissaire. Il sait aussi le poids du conformisme. Par conformisme, les Polonais s’accommodent du gouvernement actuel comme ils ont pu s’accommoder du faux socialisme du parti communiste. C’est aussi le conformisme qui, en 1990, a amené les premiers dirigeants post-communistes à acheter la valeur en hausse à ce moment-là : le langage du marché et de la concurrence internationale, le libéralisme économique à-t-ou-va qui a emporté les grandes usines polonaises, à commencer par les chantiers de Gdansk, berceau de Solidarnosc.

En réalité, remarque Modzelewski, Solidarnosc n’a connu qu’un temps enthousiasmant. Celui de 1980 où le syndicat incarnait le mythe d’égalité et de communauté nationale auquel il a toujours rêvé. Le coup d’état de Jaruzelski en décembre 1981 et la loi martiale ont coupé le cours de cette utopie avant qu’elle ne devienne histoire. La seconde Solidarnosc qui renaît ensuite est très différente. Sa victoire fut celle de la liberté mais sans la fraternité d’avant.

Après 1989, Karol Modzelewski, un moment sénateur, a été un participant critique des premières années du pouvoir post communiste. Ses Mémoires se présentent comme celles d’un cavalier usé d’avoir trop galopé. Son ami Jacek Kuron notait pourtant qu’au début de sa première période de pison en 1965 – il en connut trois, soit huit ans et demi - il chantait quand on le sortait de cellule : « Un jour dans un lointain futur/ Un clairon inconnu de tous/ Reprendra ta chanson. »  

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.