Ground Zero, entre mémoire et résilience, est au centre d’un conflit d’usages.

L'attaque des tours jumelles du World trade center11 septembre 2001
L'attaque des tours jumelles du World trade center11 septembre 2001 © Radio France / Robert Giroux

Le seul moyen de savoir ce qui s’est passé dans la tête des victimes des tours jumelles, c’est sans doute de l’inventer.

Il reste que l’inventaire du désastre requiert d’autres qualités que l’imagination. Les objets disséminés sur le lieu de la catastrophe ont été protégés le plus soigneusement possible. Qu’il s’agisse d’un portefeuille mais aussi bien d’un porte-clés, d’une chaussure rouge, les proches des morts leur accordent une valeur inestimable. Mais surtout, ils souhaitent qu’on puisse leur restituer les restes des corps. On n’en a retrouvé que très peu qui soient entiers. Dans la décharge de Fresh Kills, deux millions de tonnes de débris ont été transportés dans lesquels ont été retrouvés 4250 fragments de corps. Comment les identifier ensuite ? Les méthodes scientifiques sont plus avancées qu’elles ne l’étaient il y a un siècle, lorsqu’on tentait l’inventaire des champs de bataille de la Grande Guerre, mais il a cependant fallu bien souvent déclarer forfait : 40% des victimes sont restées non identifiées.

En conséquence, la terre de Ground Zero est devenue sacrée. Comme la terre de Verdun. Sauf qu’elle a été déplacée par des bennes et des camions et remuée sans ménagement. Sur la décharge de Fresh Kills est prévu un parc mais l’emplacement des deux tours ne pouvait, lui, rester un charnier : depuis que New York est New York, ce quartier a toujours été un chantier. Un mémorial y a été aménagé mais il a été rendu aux logements, aux bureaux, au commerce, au tourisme. Vingt-trois millions de touristes l’an passé, davantage cette année d’autant que la chasse aux Pokémons augmente l’intérêt du lieu.

Ground Zero
Ground Zero © Getty / Tetra Images

Ground Zero, entre mémoire et résilience, est au centre d’un conflit d’usages.

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