Semaine spéciale « 1915, une guerre totale »

Soldats du 88ème régiment d'infanterie austro-hongroise dans une tranchée en 1915
Soldats du 88ème régiment d'infanterie austro-hongroise dans une tranchée en 1915 © domaine public / Austrian National Library

« Les jours sont longs, les heures nombreuses » , dit Roland Dorgelès quand il évoque les soldats qui se retrouvent en 1915 coincés dans les tranchées. Au printemps de cette année désespérante, les contemporains, effarés, se posent la question qu’ils s’étaient refusé à formuler jusque-là : « cette guerre va-t-elle durer deux ans ? »

Or une guerre longue ne peut être continuée avec les seuls outils humains, matériels, économiques de 1914. Elle happe peu à peu l’ensemble de l’économie. Elle s’étend sur les mers : en février une opération dirigée par les Britanniques tente de forcer les détroits des Dardanelles ; en mai une torpille allemande fait sombrer un paquebot américain, le Lusitania, au large de l’Irlande. De nouveaux pays sont entraînés dans la spirale : les opérations dans les Balkans finissent par faire basculer la Bulgarie du côté de Berlin et de Vienne tandis que l’Italie rejoint l’Entente : la France, à cette occasion, laisse éclater sa joie mais rien de décisif ne sortira de ce renfort, non plus que des tentatives de percée que Joffre fait en Champagne et en Artois.

Pour grignoter au mieux quelques kilomètres, quelque 30000 Français tombent chaque mois. A ce rythme, il faudra sacrifier toute la population du pays pour libérer le Nord et l’Est envahis. Cette année 1915, beaucoup moins de temps est nécessaire au gouvernement jeune-turc pour déporter les Arméniens jusqu’à ce que mort s’ensuive. Plus d’un million de victimes en quelques mois : le mot « génocide » n’est encore inventé et défini… A posteriori, on comprend l’importance de cette année de totalisation de la guerre. Pour reprendre le langage des pacifistes de l’époque - qui étaient encore bien rares, elle a frappé « de nouvelles monnaies rouges dans le sang des peuples. »

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