Les Roumains passent de l’humiliation à l’exaltation des valeurs nationales victorieuses. Mais quelle que soit la couleur du temps, le fond de l’air est toujours antisémite.

Memorial de l'Holocaust à Bucarest
Memorial de l'Holocaust à Bucarest © Getty / ullstein bild

Un traumatisme. Alors que la Roumanie avait doublé de volume après la Première Guerre, elle perd ses gains, d’un coup, en quelques jours de l’été 1940, au profit de ses voisins : Hongrie, Bulgarie, URSS.  C’est l’époque du pacte germano-soviétique, elle est prise dans un étau.

Etape obligée dans l’histoire des grandes catastrophes : il faut un  régime autoritaire. Il avait été mis en place dès 1938. A l’automne 1940, sous l’autorité nominale d’un roi-enfant, il devient clairement fasciste. Le Duce, ici, est un Conducator : le maréchal Antonescu.

La rupture du pacte germano-soviétique et l’invasion allemande de l’URSS lui redonnent une apparence d’initiative. Antonescu engage son armée au côté de celle d’Hitler. Et il regagne, et bien au-delà, les territoires perdus, poussant jusqu’à Odessa en Crimée.

Les Roumains passent  de l’humiliation à l’exaltation des valeurs nationales victorieuses. Mais quelle que soit la couleur du temps, le fond de l’air est toujours antisémite.  

L’émancipation des juifs et leur accès à la citoyenneté ont été très tardifs en Roumanie. Ils n’ont pas même eu lieu vraiment alors que le nombre des juifs a triplé avec le gonflement de  la Grande Roumanie en 1919. La communauté juive roumaine est, en nombre, la troisième d’Europe : plus de 700 000 personnes.

Régime autoritaire, antisémitisme prégnant, exaltations paniques. Elie Wiesel, natif de Roumanie, dit qu’Auschwitz se construit avec des mots avant les briques. Dans la région de Transnistrie, véritable dépotoir ethnique, il n’y eut pas besoin de briques. Toutes les formes de massacres étaient utilisées, jusque dans des porcheries industrielles auxquelles les forces roumaines mettaient le feu. 

« L’humanitarisme sirupeux inoculé par la pensée démocratique ne va tout de même pas nous faire rater le moment tant attendu de la délivrance ethnique. » Ainsi s’exprimait le clan Antonescu, ajoutant : « Maintenant que nous sommes entre nous, nous allons régler la question juive. » 

Bibliographie :

Cioran, Eliade, Ionesco : L'oubli du fascisme de Alexandra Laignel-Lavastine (PUF).

Cartea neagra. Le Livre noir sur la destruction des Juifs de Roumanie (1940-1944) de Matatias Carp, Alexandra Laignel-Lavastine (Traducteur) (Denoël). 

Les Images du Juif. Clichés antisémites dans la culture roumaine de Andrei Oisteanu (Non-lieu). 

L'horreur oubliée la Shoah roumaine, Revue d'histoire de la Shoah, n°194 (Collection Mémorial de la Shoah).

Journal 1935-1944 de Mihail Sebastian (Stock).

Athenée Palace de La Comtesse Waldeck (Fallois).

Film Peu importe si l'histoire nous considère comme des barbares de Radu Jude (sortie le 20 février).

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