Le Coran est un texte sacré, soit ; mais le Coran est aussi un document qu’on peut dater, contextualiser, analyser, confronter avec d’autres à l’aide des méthodes des sciences critiques.

Page d'un Coran du 13ème siècle
Page d'un Coran du 13ème siècle © Getty / ullstein bild Dtl.

C’est le projet qui a mû une équipe d’une trentaine de chercheurs internationaux, qui vient de faire paraître aux éditions du Cerf un Coran des historiens. Trois volumes papier et un quatrième. Deux-mille-quatre-cents pages imprimées serrées pour la modique somme de 59 euros. Et c’est sans compter sur le quatrième volume, électronique : une bibliographie appelée à se développer au fur à mesure que paraissent des livres scientifiques sur le Coran – depuis le début de ce millénaire, on assiste à un véritable emballement des publications scientifiques dans le domaine coranique.

L’exégèse du Coran a longtemps laïcisé la tradition musulmane. Comme elle, elle a tenu pour acquise l’idée d’une transmission rapide du Coran. Transmission orale du Prophète à ses compagnons, mémorisation par ceux-ci, rédaction dans un laps de temps record et un milieu unique,  sous l’autorité du ou des premiers califes dits « les bien guidés »… 

Tenant compte des publications récentes mais aussi des recherches archéologiques, l’équipe du Coran des Historiens privilégie une approche dont les méthodes s’éloignent de la tradition musulmane et se rapprochent de celles des études bibliques. 

Le Coran apparaît alors comme un corpus. Des auteurs différents y interviennent, soumis à des influences diverses. Les pièces et les fragments qui composent le Coran n’auraient pas été nécessairement destinés à être rapprochés, des genres différents y voisinent qui n’obéissent pas aux mêmes règles d’organisation. 

La genèse de l’ensemble qui s’est constitué avant de prendre sa forme canonique est sans doute plus longue qu’on ne l’a répété. On peut y distinguer des phases différentes : composition, rédaction, réécriture, canonisation enfin. Et celle-ci intervenue, demeurent, malgré l’unification apparente, des contradictions, des répétitions, des irrégularités. La canonisation d’un texte laisse toujours la place aux interprétations.

Bref, à l’issue de l’immense travail de l’équipe du Coran des historiens, on sait beaucoup plus de choses qu’avant mais le risque serait de croire qu’on en sait plus qu’on en sait vraiment.

Bibliographie 

  • Coffret Le Coran des historiens. Etudes sur  le contexte et la génèse du Coran par Ali Amir-Moezzi, Guillaume Dye / Collectif (Cerf).  
  • Dictionnaire du Coran de Mohammad-Ali Amir-Moezzi / Collectif (Bouquins Laffont).
  • Figures bibliques en Islam de Guillaume Dye, Fabien Nobilio / Collectif (EME Editions).
  • Partage du sacré. Transferts, dévotions mixtes, rivalités interconfessionnelles de Isabelle Dépret, Guillaume Dye / Collectif (EME Editions).
  • Hérésies : une construction d'identités religieuses. Histoire des religions de Christian Brouwer, Guillaume Dye, Ania Van Rompaey (Editions de l'Université de Bruxelles).

Filmographie :

  • Fahrenheit 451 de François Truffaut, 1966.
  • Le Message de Moustapha Akkad, 1976.
Les invités
  • Guillaume DyeIslamologue et orientaliste, professeur à l'Université libre de Bruxelles
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