Un des humanitaires qui œuvrent sur l’Aquarius disait, la voix étranglée : « Mais que les décideurs quittent leurs bureaux pour passer une heure ici sur le pont surchargé de notre bateau… Leur point de vue changera. »

L'Aquarius à Valence en juin 2018
L'Aquarius à Valence en juin 2018 © AFP / ALEJANDRO MARTINEZ VELEZ / SPUTNIK

Un des humanitaires qui œuvrent sur l’Aquarius disait, la voix étranglée : « Mais que les décideurs quittent leurs bureaux pour passer une heure ici sur le pont surchargé de notre bateau… Leur point de vue changera. »

En France, un ministre de l’Intérieur d’un gouvernement précédent avait l’honnêteté de confier : « Si je rencontrais un demandeur d’asile en tête à tête seulement dix minutes, est-ce que je pourrais encore  rester ministre ? »

Dans la matière de plus en plus difficile de l’asile, la question du temps imparti est de la première importance.

Le ministre de l’Intérieur de l’actuel gouvernement a obtenu de l’Assemblée et essaie aujourd’hui d’obtenir du Sénat le rallongement de la période de rétention pour entrée irrégulière et, d’un même mouvement, le raccourcissement de la période où le recours est possible, en cas de rejet de la première demande d’asile par l’OFPRA.

La juridiction administrative qui intervient  ensuite pour examiner les recours, c’est la Cour nationale du droit d’asile. Elle a traité en 2015 quelque 38000 dossiers. Au long de 3000 audiences et à raison de quatorze dossiers par audience, cela ne permet pas une heure d’échanges autour de chaque cas. 

Notre invité, Smaïn Laacher, a accepté d’y être assesseur pendant quinze ans en essayant de ne pas compter les minutes. 

Sociologue, il est rompu depuis longtemps  à l’enquête chez les migrants

Mais est-ce d’un grand secours quand l’audience réunit d’un côté des Français disposant du pouvoir de décider et, de l’autre, des vies minuscules qui ne pèsent pas lourd dans leur pays d’origine et pas davantage dans le  pays d’arrivée ? Dans ces conditions, le récit est-il dicible ? Audible ? 

Et pourtant, les membres de la Cour essaient de réduire la marge d’incertitude. On veut croire qu’eux encore prennent le droit d’asile au sérieux alors qu’il est tordu en tous sens par les gouvernements européens.

Programmation musicale : Choeur des Armaillis de La Gruyère par Michel Corpataux.

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