Qui a parlé du silence des montagnes ? Certes pas Maurice Chappaz, l’arpenteur des hautes routes et des cimes : il disait du canton du Valais qu’il avait « un gosier de grive ». Entendant autour de lui le langage de tout le peuple, il disait que c’était de là qu’il fallait écrire.

La commune de Bagnes dans le Valais suisse en 2017
La commune de Bagnes dans le Valais suisse en 2017 © Getty / VI-Images

       Défendant le parler populaire, il hésitait cependant à parler de patois. Cette hésitation tenait à la part française de sa formation. En France, le mot patois est d’usage péjoratif. Il désigne de manière imprécise tout usage de la langue jugé comme inférieur par la norme sociale. Ici, les lettrés de l’Académie  mais aussi bien les hommes politiques d’après la Révolution et les enseignants bien sûr ont toujours valorisé la clarté qui caractériserait le français et lui permettrait de se faire entendre de tous. Face à lui, le patois - il faudrait employer le mot au pluriel - serait beaucoup moins recommandable puisqu’il fait ses délices des particularités de chaque endroit.

Les maitres d’école de Suisse romande, dans leur enseignement, ont, eux aussi, bien sûr, privilégié le français langue de culture. Mais l’opinion publique était moins défavorable aux patois qu’en France.  La construction politique de la Confédération ne s’est pas faite comme celle de l’état-nation français. On sait qu’elle reconnaît la juxtaposition de quatre langues nationales et, dès la fin du XIXème, les autorités à Berne comme au niveau cantonal ont soutenu les efforts de conservation des patois. Elles ne considéraient pas la fin de leur usage comme une victoire de la raison mais comme une perte pour la société.

Dès 1899, a débuté une entreprise qui n’est pas près d’être achevée et qui s’intitule Glossaire des patois romands. Elle est portée depuis 1973 par un institut universitaire à Neuchâtel. Dans le Valais, 340 000 habitants seulement et dont une part est alémanique, il n’y a pas d’université mais l’effort est porté par  des sociétés locales et des communes. Ce mois-ci, le Val de Bagnes sort un dictionnaire de son patois qui pèse quelque 4 kilos et est flanqué d’un DVD ROM aussi léger qu’indispensable. La sauvegarde des patois passe aussi par l’enregistrement.

Maurice Chappaz serait bien content. Ayant passé une partie de son enfance dans la vallée, il était bagnard d’honneur. Il dénonçait le tourisme ravageur et les « maquereaux qui vendaient les cimes » mais il faut reconnaître qu’avec ce Dictionnaire, le Val de Bagnes enrichi par ses visiteurs et sa station de Verbier, dépense son argent à bon escient.

Bibliographie :

Dictionnaire du patois de Bagnes, Université de Neuchâtel.

Une politique de la langue. La Révolution française et les patois : l'enquête de Grégoire de Jacques Revel, Michel de Certeau, Dominique Julia (Gallimard).

Site du CREPA (Centre régional d'études des populations alpines).

Site de l'institut de lexicographie de l'université de Neuchâtel.

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