Le président de la Commission européenne, Jacques Delors,en visite à Bonn en 1988
Le président de la Commission européenne, Jacques Delors,en visite à Bonn en 1988 ©

En 1984, Jacques Delors, ancien ministre des Finances de François Mitterrand, était désigné président de la Commission européenne. Travailleur méticuleux, venu de la base, il allait faire des sommets européens sa base. En tant que président de la Commission, il y apportait ses idées ; ensuite, les chefs d’état et de gouvernement s’arrogeaient la gloire des résultats qu’ils attribuaient à leur habileté à faire jouer les rapports de force. Jusqu’en 1992 au moins, la méthode fonctionna. L’objectif de création d’un marché unique fut atteint, à la date fixée de 1992. A l’horizon se profilaient une monnaie et une fiscalité communes et aussi une intégration plus poussée dont Delors prétendait qu’elle protégerait la diversité des nations.

Avec les discussions sur le traité de Maastricht, approuvé de justesse seulement par les Français, le mécanisme commença de s’enrayer tandis que l’élargissement aux pays d’Europe centrale changeait profondément la donne. Dans les dernières années de sa présidence, Delors, de plus en plus récusé dans son rôle d’animateur, endossa l’habit de prophète. La montée des inégalités mettant en danger notre modèle démocratique et social, il rappelait sans cesse aux chefs d’état et de gouvernement les dangers d’une absence de pouvoir à l’échelon européen.

Vingt ans ont passé. La présidence de la Commission paraît maintenant très affaiblie. Les parlementaires européens nous disent qu’elle sera transformée dès lors que son président sera désigné par le groupe le plus nombreux issu du scrutin de cette semaine. Encore faut-il que la participation des électeurs soit assez forte pour que le Parlement paraisse légitime et que les gouvernements acceptent d’abandonner leurs prérogatives dans le processus de nomination. Et, ensuite, quelle peut être la marge de manœuvre dudit président au milieu des 28 ? La question est de savoir si l’épisode Delors a été une exception, un cas unique ou s’il peut devenir un cas d’école.

Photo homepage : Sommet du 9 juillet 1990 sous la présidence de Jacques Delors © Bettmann - CORBIS

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