Ce printemps, l’Odéon à Paris donnait encore une nouvelle version de « La poudre aux yeux ». « Le Monde » se félicitait : quelle exposition cruelle du vide existentiel de la vie bourgeoise ! Et télescopait Labiche avec Mallarmé : les bourgeois sont vraiment d’ « abolis bibelots d’inanité sonore », écrivait le quotidien.

Beaucoup de personnalités, cataloguées très modernes, ont aimé travailler au corps le bon vieux Labiche, qu’on ne peut réduire au boulevard : à l’Odéon, c’était le grand metteur en scène suisse Christoph Marthaler qui le mettait en scène; Patrice Chéreau et Jacques Lassalle avaient fait de même et, bien avant eux, Orson Welles soi-même. Labiche peut opérer la rencontre entre l’avant-garde et le vaudeville.

Il était lui-même le produit d’une synthèse. Il avait été un jeune homme de goût artiste qui aimait écrire dans les petits journaux mais comme il était fils et gendre d’industriel, il savait les exigences de la production. Plutôt que de faire du sucre de glucose comme sa famille, il fabriqua des comédies. Mais marquées par un don d’observation impitoyable, dénuées de tout sentimentalisme, tracé au cordeau. Flaubert et Zola l’admirèrent pour cela. Le succès aidant, il publia jusqu’à 176 pièces entre 1838 et 1877. Puis il fut élu à l’Académie. « Cela n’est pas payé ?», lui demanda une dame de la haute qui avait offert un diner en son honneur, à quoi il répondit : « Non, madame, mais ça nourrit ».

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