La rhétorique est bien davantage que la définition de formes à quoi accrocher le discours.

L'éloquence du crieur public
L'éloquence du crieur public © Getty / mammamaart

A l’époque où il n’y avait, dans la campagne présidentielle, de débat qu’entre les deux tours, François Hollande avait eu le temps de développer une longue amplification que les commentateurs les plus avertis présentèrent le lendemain comme une anaphore. A la façon de Corneille : « Mon bras qu’avec respect toute l’Espagne admire / Mon bras qui tant de fois a sauvé cet empire…. »

Anaphore, synecdoque, métonymie… L’étonnement passé, on se demanda si les codes de la rhétorique du Grand Siècle ne pouvaient pas avoir encore une utilité. Le pouvoir passant par les circuits du langage, Athènes et Rome ont posé des phares et des balises qui tiennent toujours, les leçons de Cicéron ont ensuite été reprises par la Contre Reforme catholique dans son éloquence sacrée, le processus judiciaire les a disséminées, la vie parlementaire les a démocratisées. Ne faut-il pas les retrouver ?

La rhétorique est bien davantage que la définition de formes à quoi accrocher le discours. Elle définit dans une argumentation des parties bien distinctes : ainsi, à cet instant, nous n’en sommes qu’à l’exorde de l’émission. Le Père Bourdaloue, grand prédicateur du XVIIème, pouvait à lui seul parler plus longuement que cinq candidats à la présidentielle d’aujourd’hui. Les dames qui venaient l’écouter s’étaient d’ailleurs fait fabriquer de petits pots de chambre adaptés qu’elles dissimulaient sous leurs robes et qu’elles utilisaient si le besoin s’en faisait sentir sans quitter l’orateur des yeux. On les appela les bourdaloue. L’éloquence saisit en effet le corps, en même temps qu’elle convainc mais cela ne suffit pas. Bourdaloue se targuait de rendre sensibles jusqu’aux marbres et aux rochers et de les tourner du côté où il voulait. Pour aboutir au cœur de l’autre, la parole doit partir du sien propre. Ce pourrait être une première péroraison – provisoire.

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*Chanson "Ah l'éloquence" de Bourvil (1949)
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