C’était un lieu commun en histoire et en sociologie : l’ancrage social déterminait l’intérêt pour la politique. Et, aux deux extrémités de la société, la classe ouvrière et la bourgeoisie étaient chargées de vérifier cette vérité première, l’une et l’autre ayant conquis le droit et conservant le devoir de s’investir..

Scène du film "le charme discret de la bourgeoisie" de Luis Buñuel
Scène du film "le charme discret de la bourgeoisie" de Luis Buñuel © Getty / Sunset Boulevard

C’était un lieu commun en histoire et en sociologie : l’ancrage social déterminait l’intérêt pour la politique. Et, aux deux extrémités de la société, la classe ouvrière et la bourgeoisie étaient chargées de vérifier cette vérité première, l’une et l’autre ayant conquis le droit et  conservant le devoir de s’investir en politique. Une place leur était d’ailleurs assignée à chacune, sans que ce fût toujours vérifié : la gauche, évidemment, pour la classe ouvrière et la droite pour la bourgeoisie.

 Cependant, le principe d’identification à une classe est devenu de plus en plus problématique. Les bourgeois sont habitués depuis longtemps aux stratégies d’évitement, ils n’ont pas besoin de mots pour signifier clairement ce qu’ils sont. Mais du côté des dominés, il n’y a plus de motif  de fierté à affirmer l’appartenance sociale et politique. Le jeune ouvrier qui prend des cours de salsa ou va en vacances à l’UCPA pour rencontrer des jeunes filles qui ne sont pas de son milieu ne va pas dire qu’il est seulement un « opérateur de production » sans responsabilité sous peine de se prendre un râteau. 

 Mais c’est de libido politique qu’il va s’agir ici. Partout est répétée la même déploration : le principal parti des ouvriers, c’est maintenant l’abstention. On entend beaucoup moins dire que les bourgeois sont touchés eux aussi par le désinvestissement politique. Même formés au vocabulaire de la responsabilité sociale des élites, ils ne se gênent pas pour dire que les élus sont des médiocres, et même ceux dont on pourrait penser qu’ils leur sont proches. Les campagnes électorales ? Ils s’en fichent bien souvent.   

 C’est un des charmes des grands bourgeois et des aristocrates que de passer brusquement de la litote à la grossièreté. Pour dire le vrai, ils sont nombreux à penser que la politique, c’est … chiant et que la lecture du « Monde » et du « Figaro », exercice obligé, c’est un tue l’amour. Décidément, la libido politique se relâcherait-elle partout ?

Bibliographie :

Enquête sur les bourgeois de Kevin Geay (Fayard).

Voyage de classes. Deux étudiants de Seine-Saint-Denis enquêtent dans les beaux quartiers de Nicolas Jounin (La découverte).

Voyage en grande bourgeoisie. Journal d'enquête de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot (PUF).

Aristocrates et grands bourgeois. Education, traditions, valeurs de Eric Mension-Rigau (Perrin).

Filmographie :

Film Le charme discret de la bourgeoisie de Luis Bunuel, 1972.

Film Il est plus facile pour un chameau de Valeria Bruni Tedeschi, 2003.

Film Potiche de François Ozon, 2010.

Les invités
  • Kevin GeaySociologue, chargé de recherche contractuel IRISSO/Université Paris-Dauphine
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