Il y a soixante ans précisément, le général Navarre prenait la décision - qui paraît étrange a posteriori - de construire un grand camp retranché à Dien Bien Phu, destiné à attirer les troupes vietminh qui auraient dû venir s'y user. S'ensuivra une victoire des communistes dont leur chef, le général Giap, ne pourra fêter le soixantième anniversaire: il vient de mourir, à 102 ans.

Vo Nguyen Giap et une unité vietnamienne dans la jungle près de Kao Bak Lang en 1944
Vo Nguyen Giap et une unité vietnamienne dans la jungle près de Kao Bak Lang en 1944 © domaine public

"Ils m'ont mis dans la tombe une douzaine de fois , disait-il, mais je suis revenu ." Ils ? Ce ne sont ni les Français ni les Américains qui ont eux aussi fini par plier bagages, en 1975. Non, ce sont ses camarades d'un appareil communiste dont il n'a jamais voulu s'éloigner mais dont il n'a jamais pu prendre le contrôle non plus.

Ils ont vieilli ensemble, les bonnes et mauvaises fortunes politiques de Giap dépendant de plus puissants que lui. Au final, c'est lui qui l'emporte néanmoins. Sa mort a en effet provoqué un immense mouvement d'hommage. Au-delà du Vietnam : il était la seule personnalité du pays à avoir une dimension mondiale. A l'intérieur du pays plus encore. Si Giap avait toujours veillé à y présenter son profil le plus orthodoxe, il en laissait deviner un autre qui pouvait se dévoiler en privé. C'est ainsi qu'aujourd'hui, les partisans d'une évolution du régime vers le pluralisme font leur figure de proue du vieux héros que les hiérarques sont contraints de célébrer.

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Indochine. Des territoires et des hommes, 1856-1956

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