Au début de ce millénaire s’était enclenché un cycle de gauche qui avait touché la plupart des pays d’Amérique latine. Certains en avaient été transformés en profondeur - on pense au Venezuela de Chavez ou à la Bolivie de Morales.

Les anciens présidents du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva et d'Uruguay José Mujica à la 6ème conférence du Parti des Travailleurs à Sao Paulo en 2017
Les anciens présidents du Brésil Luiz Inacio Lula da Silva et d'Uruguay José Mujica à la 6ème conférence du Parti des Travailleurs à Sao Paulo en 2017 © Getty / Brazil Photo Press

Dans d’autres, c’était une politique social-démocrate ou social-libérale qui était mise en place, comme au Chili ou en Uruguay. Lula avait entrepris, lui, un travail aux dimensions du Brésil, encourageant à la fois l’investissement privé et une redistribution à large échelle.

Lula observe aujourd’hui que c’est la croissance qui a soutenu toutes ces expériences. La morosité revenue, elles ont perdu de leur effet de mobilisation. 

Les gauches latino-américaines doivent aussi s’interroger sur leurs responsabilités en matière économiques. Lula et Morales, par exemple, ont sans doute trop misé sur la production et l’exportation des matières premières. A leur propos, on peut parler d’ « extractivisme » : quand les cours ont commencé à baisser, les équilibres se sont rompus, on a même vu en Bolivie en 2016 les mineurs sur lesquels Morales s’était appuyé battre à mort le vice-ministre de l’Intérieur. La main qui distribuait peut soudain être mordue.

« On n’a pas créé des Républiques pour y reproduire  des cours », disait avec sagesse le président uruguayen Mujica. Son exemple n’a pas été assez  entendu par ses pairs. Il est vrai que l’Uruguay est un pays trop petit pour être imité. Le mandat du président n’y est pas renouvelable et le temps manque pour constituer autour de lui un entourage qui tire parti des situations d’autorité. En revanche, au Brésil, en Bolivie, et on ne parle pas des situations caricaturales du Venezuela ou du Nicaragua, de petits groupes dominants se sont constitués qui ont démenti par leur comportement le langage social tenu officiellement.

Dans le renversement politique qui s’opère actuellement et qui fait passer l’Amérique latine à droite quand ce n’est pas à l’extrême-droite, il faut aussi imputer aux Etats-Unis le rôle qui est le leur. Washington voyait avec inquiétude la Chine devenir le premier partenaire commercial du continent et les gouvernements de gauche chercher à l’isoler. La contre-offensive de Trump est aujourd’hui largement couronnée de succès.

Néanmoins il ne faut pas négliger l’impopularité des pouvoirs de droite qui croyaient avoir emporté la partie. Le président sortant Macri a été désavoué par les électeurs argentins. Et au Chili, Pinera ne parvient pas à endiguer l’immense courant d’opinion qui a manqué de le renverser il y a quelques semaines.

Bibliographie :

  • Le Volcan latino-américain. Gauches, mouvements sociaux et néolibéralisme de Franck Gaudichaud (textuel).
  • Le rêve de Bolivar. Le défi des gauches sud-américaines de Marc Saint-Upéry (La découverte).
  • Amérique Latine, Hors-série L'Histoire N°322 daté juillet-août 2007.
  • L’Amérique latine en bascule, Recherches internationales n° 115.

Site du Festival historique de Pessac, Amérique latine - Terres de feu, du 18 au 25 novembre 2019.

Chant Qalay qalay par Luzmila Cario.

Les invités
  • Olivier CompagnonProfesseur d’histoire contemporaine à l’université de Paris III
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