Le parcours du médiéviste, Ernest Kantorowicz, juif allemand de Posen redevenue la Poznan polonaise en 1919, fut contrarié par les grandes crises du XXème siècle, c’est de peu qu’il échappa à la Nuit de cristal en 1938 ...

Portrait de l’auteur et historien allemand Alfred Kantrowicz (tout à gauche)
Portrait de l’auteur et historien allemand Alfred Kantrowicz (tout à gauche) © Getty / Fred Stein Archive / Contributeur

► Rediffusion du 20/05/2019

En 1949-1950, le professeur Kantorowicz mène une longue lutte contre le serment anti-communiste que veut imposer l’Université de Californie. 

« Nous formons, dit-il,  une république de savants qui n’a pas de frontières et qui doit être conduite par trois critères seulement : la dignité humaine, notre liberté de jugement et notre responsabilité souveraine. »

Réfugié de l’Allemagne nazie, il peut arguer d’une expérience longue. Ce n’est pas à lui qu’on peut apprendre ce que sont les communistes : en 1919, à Munich, il a fait le coup de feu contre eux. C’est d’ailleurs parce qu’il est conservateur qu’il a combattu ensuite le nazisme. En 1933, alors professeur à Francfort, il s’est longuement prononcé contre lui dans une grande leçon publique. Avec déjà le même argumentaire qu’il devra reprendre plus tard en Amérique : « Pourquoi porterait-on le titre de professeur si on n’avait pas le courage de faire profession ? »

Le parcours de Kantorowicz, juif allemand de Posen redevenue la Poznan polonaise en 1919, fut contrarié par les grandes crises du XXème siècle, c’est de peu qu’il échappa à la Nuit de cristal en 1938 et, parvenu en Amérique, il y connut bien des avanies dont l’affaire du serment ne fut que la dernière. Néanmoins, il tenta toujours de garder son style de vie, fondé sur la liberté de comportement et l’amitié; il disait : «  je me lève à 8 heures quatre-vingt-dix minutes et je donne à dîner jusqu’à pas d’heure. » 

Surtout, il attacha sa vie de labeur durant à éclaircir un sujet crucial : le mystère de l’Etat… Ce fut l’homme d’innombrables articles, brillants comme des joyaux, et de trois livres seulement. L’un sur  Frédéric II, le Surgrand  qui, tardivement, au début du XIIIe chercha à relever le rêve d’un empire unifiant le monde. « Christus vincit, Christ a vaincu », chantait-on sur son passage : un second ouvrage  porta sur les acclamations cérémonielles qui entouraient les souverains.  Le troisième, enfin, s’appela: « Les deux corps du roi ».  Comment, s’y  demande-t-il, la communauté du royaume survit à la vie du monarque ? Le livre et la formule ont connu une fortune extraordinaire. La France, en particulier, sait bien pourquoi : depuis l’instauration de la République, la place du pouvoir est laissée vide par les représentants et néanmoins, le président est toujours tenté de s’incarner en souverain.

Bibliographie

  • Ernst Kantorowicz, une vie d’historien de Robert Lerner, Jacques Dalarun (Traducteur) (Gallimard).
  • Ernst Kantorowicz, Oeuvres,(Gallimard/Quarto).
  • La Vie retrouvée de François d'Assise de Jacques Dalarun (Editions Franciscaines).
  • Gouverner c'est servir. Essai de démocratie médiévale de Jacques Dalarun (Alma Editeur).
  • Mon plus lointain souvenir est un rêve de Jacques Dalarun (Editions de la revue Conférence).

Programmation musicale 

Allegretto moderato de Chassidischer tanze op.15 de Zikmund Schul.

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