Shakespeare
Shakespeare © public domain / John Taylor

En 1600, 200000 habitants peut-être vivent à Londres. Peu après être nés, sans doute pleurent-ils d’être venus sur ce théâtre de fous. D’un côté, il y a la scène de la City et de l’autre, celle de la Cour et entre les deux, une dizaine de bâtiments de bois et de chaume, comme il n’en existe pas ailleurs en Europe et qui rassemblent un public jeune, mêlé, agité duquel les acteurs et les dramaturges, dans leur folie, attendent le succès et l’argent.

Du haut du Théâtre du Globe de Shakespeare, chaque jour, les trompettes appellent à la représentation. Au sommet de l’édifice flotte un drapeau, les dieux et les déesses peuvent y trouver asile. Les balcons figurent les remparts d’une ville, l’édifice s’affranchit de ses limites et devient vaste comme le monde. Le théâtre de Shakespeare n’a pas choisi au hasard son nom de Globe qui résonne avec sa devise, inscrite à son fronton : « Totus mundus agit histrionem ».

Mais si le monde entier est un théâtre, c’est qu’il y a du théâtre en chacun de nous, comme il y a du sang dans nos corps. Dès lors que la puissance de notre imagination lui ouvre les portes pour qu’il circule librement, tout peut être réinventé. Shakespeare, c’est cela : la réinvention. Dans sa carrière courte, sous deux règnes différents, Elisabeth et Jacques Ier, il n’a cessé de se renouveler, au rythme d’un public changeant et insolent. Sans doute n’avait-il pas le sentiment de bâtir une œuvre; sinon il aurait songé à la protéger par une édition de ses pièces de son vivant. Il n’était aucunement un monument. Aussi est-il resté un mouvement.

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