Le Père Paolo Dall’Oglio avait établi en Syrie à Mar Moussa une communauté mixte et œcuménique sur les ruines d’un monastère des premiers temps chrétiens. On y pratiquait le carême comme le ramadan. C’était un lieu unique.

Le père Paolo Dall'Olio célébrant la messe au monastère Saint Moïse l'Abyssin en 2005
Le père Paolo Dall'Olio célébrant la messe au monastère Saint Moïse l'Abyssin en 2005 © Getty / Ghaith Abdul-Ahad

Le Père Christian de Chergé, le prieur de Tibhirine, écrivait ceci dans son testament, l’un des grands textes spirituels contemporains : « S’il m’arrivait un jour, et ça pourrait être aujourd’hui, d’être victime du terrorisme, je voudrais que vous sachiez associer cette mort à tant d’autres aussi violentes laissées dans l’indifférence de l’anonymat. »

L’identité de la cinquième victime de l’attentat de Strasbourg a provoqué beaucoup d’émotion dans la ville où il était connu comme un intermédiaire culturel exceptionnel. Il s’appelait Bartek, parlait sept ou huit langues et voulait créer une auberge de Thélème afin de réunir tous et toutes, de tous âges. Dans la chambre de l’hôpital où il se mourait, ce fut un défilé ininterrompu d’amis que le personnel médical ne chercha pas à endiguer.

Le Père Paolo Dall’Oglio avait établi en Syrie à Mar Moussa une communauté mixte et œcuménique sur les ruines d’un monastère des premiers temps chrétiens. On y pratiquait le carême comme le ramadan. C’était un lieu unique.

De Bartek, on a dit qu’il était un agneau qui s’est trouvé en face d’un loup. Le Père de Chergé observait que sa propre mort paraîtrait donner raison à ceux qui le traitaient d’idéaliste. En juillet 2013, Paolo Dall’Oglio est allé de sa propre initiative chez un chef de Daech pour tenter d’obtenir la libération de prisonniers et on ne sait plus rien de lui depuis cette date.

Certains proposent de donner le nom d’une rue de Strasbourg à Bartek. Les cinq moines de Tibhirine et quatorze autres chrétiens d’Algérie qui y menaient une vie modeste de la population musulmane ont été béatifiés le 8 décembre à Oran dans une cérémonie qui associait les imams. Le sort du Père Dall’Oglio a été enseveli dans un silence qui mérite d’être rompu. Nommer quelqu’un, c’est jeter une ancre dans le fleuve. Comme le faisaient les bateliers dans le Rhin, à Strasbourg.

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