Le roi est guillotiné, oui. Mais après ? C’est le peuple qui est maintenant le souverain mais comment le tenir un ? La concurrence entre citoyens égaux entraîne nécessairement l’émergence de leaders.

Statue de Louis XVI du sculpteur François-Joseph Bosio dans la Chapelle expiatoire à Paris
Statue de Louis XVI du sculpteur François-Joseph Bosio dans la Chapelle expiatoire à Paris © Getty / Elise HARDY

Le roi est guillotiné, oui. Mais après ?

C’est le peuple qui est maintenant le souverain mais comment le tenir un ?

La concurrence entre citoyens égaux entraîne nécessairement l’émergence de leaders. Ils vont chacun et tour à tour mobiliser l’adhésion et acquérir une popularité autour d’une valeur, pendant un moment donné : l’homme de la Patrie en danger, le Tribun du peuple, l’Enragé, l’Incorruptible. Mais leur popularité les sépare paradoxalement du peuple : s’émancipant de lui, ils sont jugés trop indépendants, dépopularisés et guillotinés. Ainsi, au cimetière de la Madeleine, là où est édifiée maintenant la chapelle expiatoire, sont jetés non loin du couple royal Barnave et Hébert, Madame Roland voire Olympe de Gouges.

On croira trouver le ressort de l’unité  avec Bonaparte. L’empereur transforme d’un même mouvement la tradition monarchique - il n’incarne plus face au peuple une figure sacrée - et l’essai révolutionnaire : il s’incorpore le peuple, il est le peuple. Il peut donc se sacrer lui-même.

Mais l’Empire n’est pas appelé à durer. Par deux fois, il tombe,  en 1814 et en 1815.  Les Bourbons remontent sur le trône, par un concours de circonstances qui aurait aussi bien pu ne pas se produire. 

C’est un bien grand embarras. Que faire du peuple qui est advenu ? Et de la mémoire des rois qui est revenue ? 

Est-il opportun de rappeler qu’Emmanuel Macron, pendant sa campagne, observait que la mort du roi est un nœud de l’histoire française. Beaucoup ne voulurent pas le reconnaître. En tout cas, le 21 janvier en est un révélateur. La Restauration ne réussit pas à en faire un jour férié partagé par les uns et les autres dans un esprit de réparation. La place de la Révolution a beau se nommer maintenant place de la Concorde; on y vit souvent le 21 janvier se succéder un groupe qui en appelait à l’expiation et un autre qui consommait avec délectation de la tête de veau. La mémoire française est une entreprise hasardeuse.

Bibliographie :

  • La France des larmes. Deuils politiques à l'âge romantique (1814-1840) de Emmanuel Fureix (Champ Vallon).
  • Iconoclasme et révolutions. De 1789 à nos jours de Emmanuel Fureix (Champ Vallon).
  • La chapelle expiatoire de Jean-Philippe Garric (Patrimoine CMN).

Programmation musicale : Darkness at noon de ALA.NI

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Quant aux visiteurs...

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Les invités
  • Emmanuel FureixMaître de conférences en histoire moderne et contemporaine à l’Université de Paris XII
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