Une nouvelle traduction de "1984" paraît aujourd’hui, signée Josée Kamoun. Elle donne au livre un autre éclat, un autre tranchant.

George Orwell en 1941
George Orwell en 1941 © Getty / circa

Quand le livre d’Orwell parut, les lecteurs, tout de suite très nombreux, vivaient encore, dans leur chair, l’expérience des deux totalitarismes du XXème siècle. Une fois le nazisme mis à terre, Orwell les appelait à se débarrasser du mythe de la révolution soviétique pour retrouver le fil d’un socialisme démocratique. C’était il y a bien longtemps, en 1949.

Une nouvelle traduction de « 1984 » paraît aujourd’hui, signée Josée Kamoun. Elle  donne au livre un autre éclat, un autre tranchant.

Nous sommes en effet aujourd’hui dans une nouvelle configuration du contrôle et de la surveillance. En Chine un régime  tout à la fois communiste et capitaliste, ce qui est inédit, expérimente la notation sociale avec  des critères et des registres de punition repensés à l’image du XXIème siècle : qui n’a pas le bon comportement sera par exemple privé de voyages. Ici, ce sont les GAFA qui amassent les données personnelles nous concernant. Il faut savoir que leurs patrons voudraient nous voir  en sujets bioniques appelés à se nourrir de viande synthétique. Les  sémillants jeunes gens de la Silicon Valley ne sont pas nécessairement les meilleurs amis de l’homme ni non plus des animaux.

La nouvelle traduction de « 1984 » fait bien de se conjuguer au présent. Après le télécran qu’Orwell décrivait vissé dans chaque maison, nous est vendue maintenant l’enceinte intelligente connectée à domicile. Le télécran enregistrait jusqu’aux modifications intimes du visage et aux pulsations du cœur. Nous sommes datagraphiés jusqu’à la moelle. Certains marketeurs bien intentionnés pensent  par exemple en savoir assez sur nos émotions pour construire un programme de radio qui, calculant  à la seconde leur utilisation, serait donc  assuré du succès. Idem pour la fabrication des livres. 

C’est sûr : sans « 1984 », la police de la pensée – la mentopolice, dit la nouvelle traduction - serait débarrassée d’un obstacle gênant.

Programmation musicale : Chant Las Barricadas par les Choeurs populaires espagnols.

Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.