Le 16 avril, on a beaucoup entendu le Père Fournier, l’aumônier catholique des pompiers de Paris, raconter le sauvetage des reliques les plus insignes de Notre-Dame. Et, peu après, on en a retrouvé d’autres - celles contenues à l’extrémité du coq de la flèche, tombées à terre et intactes.

La Sainte Couronne d'épines à Notre-Dame de Paris en 2014
La Sainte Couronne d'épines à Notre-Dame de Paris en 2014 © Getty / Godong

Ce qui a fait écrire ceci à Denis Tillinac la semaine passée : « L’important est que les flammes ont épargné les reliques. Chrétiens, agnostiques, athées, voire musulmans ou juifs, nos compatriotes ont eu le souci souvent prioritaire de leur sauvegarde. Parce qu’elles cautionnent une sacralité irrécusable autant que nécessaire. Parce que ce legs de l’Eglise reste notre seul viatique dans les cryptes de l’inconscient collectif. »

Il n’est pas sûr que l’inconscient collectif soit, en histoire, une catégorie très utile mais l’envolée de Tillinac a le mérite de rappeler des faits fondateurs. C’est autour de restes des martyrs que les premières églises de l’Antiquité chrétienne ont été construites : le peuple allait  ad sanctos. Le corps du Christ s’était dérobé aux hommes le jour de l’Ascension mais  les objets qui avaient eu à faire avec lui  furent à leur tour découverts, « inventés » à partir du IVème siècle : l’impératrice Hélène, mère de Constantin, prit ainsi la mer à plus de 80 ans et entreprit une grande campagne qui lui permit de retrouver la croix emmêlée à celles des larrons,  la lance du centurion qui  perça le flanc du Christ et jusqu’aux cadeaux que les rois mages lui avaient offert à sa naissance. Constantinople devint ensuite une extraordinaire réserve de reliques. C’est là que Louis IX  acheta  la couronne d’épines qui coiffait Jésus pendant sa Passion. Il faut rappeler que la construction de la Sainte Chapelle coûta moins que ces acquisitions qui  représentaient  la moitié des ressources royales d’un an.

Le XIIIème siècle constitue sans doute un apogée pour les reliques qui furent bientôt l’objet de l’ironie d’un Boccace ou d’un Chaucer puis des critiques radicales de la Réforme protestante. Le concile de Trente réaffirma néanmoins  leur importance et elles connurent au XIXème un nouvel âge d’or.

On aurait tort de croire que leur rôle décroît aujourd’hui. Pour un christianisme devenu très minoritaire, elles sont un moyen de rester populaire. En France, l’Eglise qui avait tendance à les dissimuler les ressort en grande pompe. Et elles sont parfaitement adaptées à la mondialisation. Les tournées, ça les connaît. Les cadeaux des trois mages chers à l’impératrice Hélène et qui reposent habituellement au Mont Athos ont ainsi été exposés en 2014 à la cathédrale du Christ Sauveur à Moscou. En cinq jours d’hiver, 400.000 personnes ont défilé devant elles, faisant une queue de 10 ou 12 heures par moins 10°… 

Bibliographie :

Trésors sacrés de Michel Pierre (Editions du Trésor).

Le moyen-âge miraculeux de Edina Bozoky (Riveneuve).

La politique des reliques de Constantin à Saint-Louis de Edina Bozoky (Beauchesne).

Dictionnaire de l'extraordinaire chrétien, sous la direction de Patrick Sbalchiero (Fayard).

Traité des reliques de Jean Calvin et Bernard Cottret (Les Editions de Paris - Max Chaleil).

Chorale - CAP COEUR / Clip réalisé par Sébastien Ngoc et Brice Lava.

Film L'auberge rouge de Claude Autant-Lara.

Le site officiel de la Sainte Coiffe de Cahors

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