Jean Boissonnat qui anima à la télévision tant de débats gauche-droite surprenait un peu quand il rappelait qu’il en avait connu aussi dans sa famille ouvrière...

Ouvrier en imprimerie
Ouvrier en imprimerie © Getty / kali9

Jean Boissonnat qui anima à la télévision tant de débats gauche-droite surprenait un peu quand il rappelait qu’il en avait connu aussi dans sa famille ouvrière.

Les socialistes et les communistes ont en effet toujours affirmé que s’était constituée avec leur concours une culture ouvrière autonome : puisque la classe ouvrière existait et que le vote était la forme démocratique de la lutte des classes, les ouvriers votaient à gauche, c’était aussi simple que cela.

Mais alors, que dire de la fraction significative des ouvriers qui n’a cessé de choisir la droite ? On peut certes remarquer que son histoire est faite seulement de segments discontinus : il y a eu un moment bonapartiste, il y a un moment boulangiste, un moment gaulliste. Pas de tradition continue, installée dans une idéologie, rien qu’on puisse célébrer.

De toute façon, à gauche, l’heure n’est plus à la célébration de la classe ouvrière. On ne dit plus qu’ « un jeune travailleur vaut davantage que tout l’or du monde. » C’est plutôt un délaissé appelé à se débrouiller par lui-même. Un nouvel imaginaire s’est dessiné dans certaines parties de la gauche qui n’imagine plus de construire les solidarités futures sur le travail. Les mêmes ouvriers qui étaient naguère glorifiés sont aisément stigmatisés : ils témoigneraient d’une France archaïque, xénophobe, homophobe etc…

Il est vrai qu’un vote d’extrême droite s’est pour la première fois enraciné durablement dans le monde ouvrier, depuis trente ans maintenant. Mais à trop le considérer, on risque d’oublier que le premier parti chez les ouvriers, c’est l’abstention. Conséquence du délaissement où ils sont laissés après avoir été centraux. Prolongement aussi d’une très ancienne attitude interrogative : en réalité, les ouvriers ont toujours manifesté de la distance par rapport à la politique. Sachant d’expérience qu’ils n’en tireraient pas facilement un intérêt objectif, ils ont toujours eu moins tendance que d’autres à l’idéaliser.

Le Printemps du Maitron – 22 mars 2017 – Grand Amphithéâtre de la Sorbonne

Chanson "La campagne" de Suzanne Gabriello (Album "J'm voyais déjà")

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