Le Liban est pris dans les filets de la géopolitique régionale, qui est cruelle. Il doit faire avec plus puissant que lui. Souvenir récent : en 2006, les Syriens s’étant à peine retirés après trente ans de présence pesante, l’armée israélienne accusait le gouvernement libanais d’être trop faible avec le Hezbollah, bombardait Beyrouth et de nombreux sites, beaucoup de Libanais étaient contraints de passer en Syrie…

Cinq ans plus tard, à partir de 2011, ce sont les Syriens qui fuient vers le Liban, et en nombre beaucoup plus important. Ils sont présentement -et officiellement- 1200000. L’image que les quatre millions de libanais ont d’eux est nécessairement complexe, ambivalente. Les Syriens ont été tour à tour les employés immigrés des libanais aisés, les occupants mal supportés jusqu’en 2005, ceux qui donnaient l’hospitalité en 2006, ceux qui la demandent aujourd’hui.

Leur nombre, inouï, ne peut pas ne pas réveiller de grandes frayeurs. Beaucoup de libanais continuent en effet de penser que l’arrivée de 120 000 palestiniens, après 1948, a contribué à déstabiliser pays. Certains soutiennent que, sans cette présence que l’état libanais jugeait inassimilable, une harmonie aurait pu être préservée, la guerre civile écartée.

Néanmoins, quand les habitants de la Syrie, parmi lesquels nombre de Palestiniens, se sont mis en mouvement, en 2011, les autorités libanaises ont pensé que c’était leur devoir de tenir la frontière ouverte. Elles ont ensuite fini par changer de pied. Aujourd’hui, l’accès est très contrôlé. Ce qui veut dire que les sorties le sont aussi. Le Liban se sent, à raison, prisonnier des puissances des alentours mais dans le Liban, les réfugiés de Syrie retrouvent l’expérience des Palestiniens des camps : le Liban est, pour eux, un étau.

Camp de réfugiés syriens à Akkar au Liban.
Camp de réfugiés syriens à Akkar au Liban. © Wostok Press/MaxPPP
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