Dans la France des années 1980-1990, dans sa cité, Omar s’était fait une spécialité de la chasse aux skins tandis que Greg, dans la sienne, se sentait entouré de la haine de la racaille. Ils diront plus tard qu’une inquiétude commune les a peu à peu habités.

Meeting du Front National à Marseille en 2002
Meeting du Front National à Marseille en 2002 © Getty / Pascal Le Segretain

Qui aurait pensé qu’Omar et Greg se rencontreraient jamais ? Et au Front national, au Conseil régional de PACA où le parti disposait d’un important groupe !

Bien sûr, l’un et l’autre avaient eu l’expérience d’une adolescence chaotique. Ils avaient longtemps cherché leur place dans la France des années 1980-1990. Mais dans sa cité, Omar s’était fait une spécialité de la chasse aux skins tandis que Greg, dans la sienne, se sentait entouré de la haine de la racaille. Ils diront plus tard qu’une inquiétude commune les a peu à peu habités : « On a un désir et ça s’appelle la France ». Greg trouve assez rapidement une réponse qui semble lui convenir au Front National. Le parcours d’Omar accumule davantage d’expériences : dix ans au PS, trois à l’UDF, un moment encore à l’UMP. Pour lui, le Front National vient en dernier ressort. L’explication de ces zigzags tient peut-être à son âge : il est plus vieux que Greg. Surtout, il a la double nationalité française et algérienne et sa famille, en Algérie, a été déchirée par la guerre d’indépendance. Enfin, il est revenu à l’Islam, ce qui a rendu son arrivée au FN problématique mais aussi, peut-être, utile pour le parti dans la stratégie rassembleuse qu’il lui arriva d’expérimenter.

Le Front tel que le vivent alors Omar et Greg à Marseille est une auberge espagnole. Jean-Marie Le Pen aurait dit : « Tous les fous sont au FN mais ce n’est pas un parti de fous ». Omar et Greg ont fini par ne plus être  d’accord avec la deuxième assertion. Ils ont quitté le FN, déçus de n’avoir pu aller plus avant dans la brèche qu’ils avaient ouverte dans un parti d’abord identitaire.

Ce qu’ils attendaient, c’était la défense et illustration du patriotisme social. Ils les trouvent maintenant chez les Gilets Jaunes. Omar et Greg, devenus les meilleurs amis du monde, ont été de la plupart des manifestations du samedi sur le Vieux Port.

Dans la matière inattendue que constituent leurs vies croisées, s’est introduit François. François Beaune qui croit que l’écrivain n’est pas là pour raconter sa vie aux autres : c’est, au contraire, aux gens de raconter leur histoire. 

Bibliographie :

François Beaune Omar et Greg (Le Nouvel Attila)

François Beaune Une vie de Gérard en Occident (Editions Verticales)

François Beaune L'Esprit de famille : 77 positions libanaises (Editions Elyzad)

François Beaune La lune dans le puits : Histoires vraies de la Méditerranée (Folio)

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