Depuis 1998, la frontière irlandaise autrefois hérissée de miradors était devenue invisible. Cependant, peut-on faire table rase du passé, comme le croyait Tony Blair en 1998 en signant l'accord du Vendredi Saint ? Le vote sur le Brexit est intervenu dont on mesure maintenant les conséquences sur l’Irlande.

Poste frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord à Clontivrim en 1955
Poste frontière entre l'Irlande et l'Irlande du Nord à Clontivrim en 1955 © Getty / Popperfoto

Signant en 1998 l’accord du Vendredi Saint avec le Premier ministre de la République d’Irlande, Tony Blair affirmait : « Nous changeons le passé ».

Le passé, c’était le refus par l’Irlande de sa partition en 1921. L’accord de 1998 stipulait qu’elle retirerait de sa Constitution la revendication de la réunification et que tout changement du statut de la partie nord de l’île, l’Ulster, ne se ferait qu’avec le consentement de la population de celle-ci.

Le passé, c’étaient trente ans de conflit violent. 25 morts en 1970, 174 en 1971, 467 en 1972… Et une frontière de 500 kilomètres militarisée, aussi labyrinthique que la bataille était indémêlable.

Et, avant ces trente ans d’embrasements, c’étaient, du côté irlandais, des décennies de protectionnisme qui avaient déjà empêché ladite frontière de respirer.

Le sentier de la paix fut difficile à tracer. Il avait fallu, des deux côtés, des efforts de plusieurs gouvernements successifs et aussi du côté de Washington, attentive à la minorité irlandaise aux Etats-Unis, une forte contribution de l’administration Clinton.

Mais Bruxelles avait joué aussi un rôle. La Grande Bretagne et l’Irlande étant entrées ensemble en 1973 dans la Communauté européenne, les dirigeants de Dublin et de Londres avaient appris à s’y connaître. En outre, la conversion de l’Irlande au libre-échange en avait fait un petit tigre celtique et Belfast avait fini par trouver Dublin plus attractive que Londres. 

Depuis 1998, la frontière autrefois hérissée de miradors était devenue invisible. Cependant, peut-on faire table rase du passé, comme le croyait Tony Blair en 1998 ? Le vote sur le Brexit est intervenu dont on mesure maintenant les conséquences sur l’Irlande où les vieilles identités ne se sont pas dissoutes dans le post-national comme on avait pu le croire. Le sentier de la paix ne s’était pas autant éloigné de la falaise qu’on le pensait.

Le site de La revue des études irlandaises

Bibliographie :

Christophe Gillissen Une relation unique  - Les relations irlando-britannniques de 1921 à 2001 (Presses Universitaires de Caen)                                                   

Richard Deutsch Le sentier de la paix  - L'accord de paix anglo-irlandais de 1998 (Editions Terre de Brume)                                                                              

Jean Guiffan Histoire de l'Irlande (Hatier)                                                              

Kevin O'Rourke Une brève histoire du Brexit (Odile Jacob)                                                             

Revue Hérodote n°137 - 2010 _Géopolitique des îles Britanniqu_es 

Revue L'Histoire n°455 - janvier 2019 Les Irlandais 200 ans de rébellion

Filmographie :

Michael Collins de Neil Jordan (Warner)

Programmation musicale :

The Wolfe Tones God saves Ireland

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