Des générations d’aristocrates eurent le privilège de faire "le grand Tour". Pendant deux siècles au moins, jusqu’au premier XIXème...

Erasme, détail d'un tableau d'Hans Holbein.
Erasme, détail d'un tableau d'Hans Holbein. © Getty / culture club

En trente ans d’échanges Erasmus, ils sont peut-être quatre millions de jeunes à être passés par les guichets administratifs et à s’être vus ouvrir les portes des échanges scolaires ou universitaires européens. Le but affiché d’Erasmus est d’enrichir les études entreprises dans le cadre national. La finalité réelle est de familiariser ses bénéficiaires avec un continent dont on souhaite qu’ils l’aient en partage. Quant à la méthode, c’est celle, empirique, de la vie en compagnie des autres : elle ne s’apprend pas que dans les livres et les bibliothèques.

Les promoteurs d’Erasmus insistent sur les couples qui en sont issus. Curieusement, ils disent parfois que les enfants de ces couples naissent avec du sang bleu – bleu comme le drapeau européen.

Le sang bleu, au temps des anciens régimes, c’était le sang des nobles. Or, bien avant Erasmus, l’aristocratie avait inventé pour ses rejetons… le voyage d’éducation en Europe. Il concernait évidemment moins de jeunes que les programmes Erasmus et il durait souvent plus longtemps. Le but en était de transmettre par l’expérience personnelle et non plus par l’autorité. De même qu’il pouvait être utilisé pour traiter des chagrins d’amour, il offrait un programme érotique inavoué. Ses maîtres-mots étaient : curiosité, disponibilité, sociabilité. Il s’agissait, en découvrant les lieux les plus forts de l’Europe classique, en fréquentant les meilleurs et les plus intelligents, d’apprendre à tenir sa place dans un espace commun.

La pratique précéda le nom : cela finit par s’appeler le Grand Tour. Et des générations d’aristocrates eurent le privilège d’en être. Pendant deux siècles au moins, jusqu’au premier XIXème.

Programmation musicale : La serva padrona (Récitatif Serpina et Uberto) de Pergolèse, Orchestre du théâtre de la Scala de Milan dirigé par carlo Maria Giulini

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