En 1940, très minoritaires, les Français libres étaient à bien des égards marginaux. Souvent très jeunes, comptant peu d'ouvriers dans leurs rangs et encore moins de paysans, ils ne se sentaient pas non plus Français moyens. Au temps où les diplômés étaient rares, la moitié d'entre eux avait le bac.

Le général de Gaulle passant en revue à Londres un détachement des Forces françaises libres le 14 juillet 1940
Le général de Gaulle passant en revue à Londres un détachement des Forces françaises libres le 14 juillet 1940 © Getty / Bettmann

Série "La tragédie de juin 40"

En juin 1940 il faut un permis spécial pour quitter Bordeaux en voiture et la frontière  espagnole paraît bien loin. L’aéroport de Mérignac est saturé. Les quais des ports de l'Atlantique et de la Manche sont noirs de monde. Il n'y a pas que des Français à vouloir partir; il y a aussi aussi les bribes qui demeurent sur notre sol des armées alliées et des  gouvernements en exil. Julien Green marchant vers les Pyrénées voit, assise sur un talus et mangeant du pain d'épices, la grande duchesse du Luxembourg en personne.

Comment trouver une automobile, un avion, un bateau ? Pour ceux qui  veulent partir, la France ne peut plus être en France. Après l'armistice, quelques îles où les Allemands n'arriveront que tardivement, servent de relais. On connaît bien le départ en masse des pêcheurs de l'iîe de Sein mais de l'île de Batz aussi appareille La  Mouette pendant que les habitants chantent la Marseillaise et Ouessant  joue discrètement jusqu'au 5 juillet le rôle de tremplin vers  l'Angleterre.

Si l'Angleterre reçoit un nombre  important de partants, cela tient largement à sa proximité géographique. Mais les exilés peuvent aussi se retrouver à Gibraltar ou en Afrique du Nord si le sort en a décidé ainsi. Il ne faut pas d'ailleurs exagérer le nombre des départs vers l'Angleterre. En août, ils sont peut-être 4000 à avoir rejoint les rangs des gaullistes alors que 30000 Français, soldats et civils, qui se trouvaient en Angleterre en mai ont choisi, à l'inverse, de traverser la Manche dans l'autre sens.

Le départ vers l'Angleterre ne prédéterminait pas non plus obligatoirement l'engagement dans la France libre. L'épopée des Sénans ne doit pas déformer la réalité. La majorité de ceux qui ont embarqué en juin ne connaissaient ni l'appel du 18 juin ni son auteur. Beaucoup songeaient à combattre chez les Anglais ou les Canadiens.

Très minoritaires, les Français libres étaient à bien des égards marginaux. Souvent très jeunes, comptant peu d'ouvriers dans leurs rangs et encore moins de paysans, ils ne se sentaient pas non plus Français moyens. Au temps où les diplômés étaient rares, la moitié d'entre eux avait le bac, le tiers avaient fait des études supérieures ! Les Français  libres constituaient une élite de volontaires qui n'acceptaient la discipline que consentie.

La Nombre d'entre eux venaient de milieux de droite conservatrice classique mais la plupart n'avaient pas eu d'engagement politique. Ils ne se reconnaissaient que dans un idéal, la France qu'il fallait défendre par les armes. Ils inclinaient à penser qu'ils ne la  reverraient pas mais mourir pour elle était un accomplissement. Il n'est pas surprenant que le général de Gaulle ait constitué tout de suite  pour distinguer les meilleurs d'entre eux un ordre l'ordre de la Libération - littéralement un ordre de chevalerie.

Exposition 1940 ! Paroles de rebelles au Musée de l'Ordre de la Libération à Paris du 7 septembre 2020 au 3 janvier 2021. L'exposition analyse, interroge, et tente d'expliquer pourquoi certaines femmes et certains hommes ont décidé de franchir le pas et de bousculer complètement leur vie en se ralliant au général de Gaulle, bien que leur choix conservera toujours une part de mystère...

Bibliographie :

  • La France libre de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Folio)
  • Les Français libres. L'autre résistance de Jean-François Muraciolle (Tallandier)
  • Dictionnaire de la France libre de François Broche, Jean-François Muracciole et Georges Caïtucoli (dir.) (Robert Laffont collection Bouquins)
  • Le dernier compagnon de Jean-François Muracciole et Lucie Muracciole (Odile Jacob)
  • Le mythe gaullien de Sudhir Hazareesingh (Gallimard)
  • Journal Intégral Tome 1 (version intégrale du Journal de 1919 à 1998) de Julien Green (Robert Laffont)
  • La promesse de l'aube de Romain Gary (Gallimard)
  • René Pleven. Un Français libre en politique de Christian Bougeard (PUR)
  • Bretagne et identités régionales pendant la Seconde Guerre Mondiale. Actes du colloque de Brest, 15-17 novembre 2001 de Christian Bougeard (dir.) (CRBC)

Programmation musicale :

We’ll meet again de Vera Lynn

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