Les Français qui sont attirés par le Japon traditionnel ont souvent été désarçonnés par les mangas. Que sont tous ces petits bonshommes aux gros yeux ronds, aux cheveux en pétard et qui courent en tous sens au rythme d’une tornade ?

Dessin de Katushiro Otomo exposé au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2016
Dessin de Katushiro Otomo exposé au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême en 2016 © Getty / Romain Perrocheau

Aux sceptiques et à ceux qui sont pris d’horreur, on a donc expliqué qu’il fallait chercher les origines non seulement dans les comics américains qui ont déferlé sur l’archipel après-guerre mais d’abord dans l’estampe traditionnelle qui n’hésitait pas devant le grotesque : le manga, à proprement parler, c’est le dessin grotesque.

Vu de France, le manga a sa propre généalogie. Les studios japonais qui se consacraient à la production pour les mensuels puis les hebdomadaires étaient bien armés pour l’animation. Et l’animation chercha son salut dans l’exportation. Dès les années 1970, la télévision française fut ainsi inondée de productions japonaises qui s’achetaient sans beaucoup de contraintes et à bas prix. 

Les enfants biberonnées à Dorothée sur RécréA2 furent ensuite disponibles pour Akira, le premier grand succès manga sur grand écran en France au tournant des années 1989-1990. Les vannes s’ouvrirent enfin pour les mangas-papier. 

Avec le concours de grands éditeurs, ou de plus petits, tous les genres, tous les thèmes qu’il traite trouvèrent leur chemin chez nous. Y compris les plus subtils. Il est des mangas sans action qui ne tiennent que par la subtilité de leur style.

Le manga continue cependant à inspirer ici certaines méfiances. Trop de violence automatique, trop de sexe libre… Il est vrai que, si la censure existe au Japon, elle n’a pas été organisée comme en France autour d’une commission spécialisée dans la les publications pour la jeunesse. 

Mais si tant de jeunes se tournent vers les mangas, c’est dans doute pour une autre raison : avec eux, ils disposent d’une culture propre qui échappe largement à leurs parents qui, s’ils connaissent peut-être les films d’animation, ne maîtrisent pas encore bien les codes narratifs des mangas-papier.

Bibliographie :

  • Un siècle d'animation japonaise de Matthieu Pinon, Philippe Bunel (Ynnis).
  • Histoire(s) du manga moderne (1952-2014) de Matthieu Pinon, Laurent Lefebvre (Ynnis).
  • Manga. Histoire et univers de la bande dessinée japonaise de Jean-Marie Bouissou (Philippe Picquier).
  • Mille ans de manga de Brigitte Koyama-Richard (Flammarion).
  • L'univers des mangas. Une introduction à la bande dessinée japonaise de Thierry Groensteen (Casterman).
  • Guide des mangas : Les 100 séries indispensables de Julien Bastide, Anthony Prezman, Matthieu Pinon.

Programmation musicale :

  • Générique du Roi Léo de Tazuki, chanson interprétée par Isabelle Pierre

Film d'animation japonaise Akira, de Katsuhiro Otomo, 1988.

Exposition sur les mangas au British Museum (Londres) du 23 mai au 26 août 2019

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