Les derniers instants du faux Dimitri par Carl Wening - 1879
Les derniers instants du faux Dimitri par Carl Wening - 1879 © domaine public

En France ou en Angleterre, le roi peut être bon ou mauvais, mais c’est généralement le même. Le peuple russe s’est habitué à autre chose. Si le tsar n’est pas bon, c’est qu’il est faux. Il va nécessairement s’en lever un autre. La rationalité historique peut évidemment moquer la crédulité et la candeur de ceux qui attendent ainsi la venue de « faux tsars » mais, dans le peuple, on pense au contraire que c’est au vrai de prouver qu’il n’est pas faux.

La Russie est ainsi devenue, de fil en aiguille, une terre qui adore les imposteurs. Le phénomène n’a pas cessé avec la révolution, contrairement à ce qu’espéraient les esprits forts. On compte pas moins de vingt imposteurs dans les années 26-28 et encore les archives s’ouvrent-elles à peine. D’ailleurs, les faux fils de Staline ont été légion.

Poutine qui laisse dire parfois que l’Esprit Saint est descendu sur lui, vient de remettre à l’ordre du jour le règne d’Ivan le Terrible. Peut-être la clé est-elle là. La Russie a alors débuté, dans la seconde moitié du XVIème, son entrée dans les temps modernes d’une façon qui n’appartient qu’à elle. Pour Ivan le Terrible, sa maison s’étendait à toute la Russie, ses sujets étaient comme des esclaves et il disposait d’un pouvoir semblable à celui de Dieu. Cette représentation entraîne beaucoup d’exigences envers la fonction : il n’est pas étonnant qu’elle se transforme en force accusatrice contre chaque tsar individuel. Une sacralité aussi lourde est comme appelée à se fissurer. Quand le premier Romanov fait pendre en 1613 un enfant de quatre ans qui aurait pu devenir un autre tsar, la fracture de 1905-1917 s’ouvre déjà.

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