Les prisonniers d’Attica, quasi tous noirs ou portoricains, déclenchent une révolte et prennent en otages une cinquantaine de gardiens – tous blancs d’origine modeste.

Émeute des prisonniers d'Attica
Émeute des prisonniers d'Attica © Getty / Bettmann

En 1971, Nixon est président des Etats-Unis depuis un peu plus de deux ans, Nelson Rockefeller, un autre républicain, gouverneur quasi perpétuel de l’état de New-York. Les prisonniers d’Attica, quasi tous noirs ou portoricains, déclenchent une révolte et prennent en otages une cinquantaine de gardiens – tous blancs d’origine modeste.

Leurs revendications sont en apparence d’ordre matériel : il s’agit d’abord de la nourriture, des toilettes, des douches… Mais le moment se situe à l’apogée d’une longue période de tensions extrêmes dans le pays. La guerre du Vietnam n’en finit pas : décidée par les élites politiques, elle a été, sur le terrain, généralement conduite par les moins riches et elle est violemment contestée dans les milieux universitaires et libéraux. Le mouvement des droits civiques, lui, a débouché sur une politique de discrimination positive mais aussi, à sa frange, sur la création d’un mouvement révolutionnaire. Deux semaines avant la mutinerie d’Attica, l’une des figures les plus symboliques des Black Panthers, George Jackson, vient d’être abattu dans son pénitencier, à l’autre bout du pays.

Des journalistes ayant été requis par les mutins, il se trouve que l’affaire d’Attica est suivie en direct par le pays quatre jours durant. L’opinion est partagée entre la pitié pour les otages appelés sans doute à devenir des victimes et la sidération devant la détermination des détenus. Ces hommes qui lèvent le poing face aux objectifs rappellent bien sûr la photo devenue familière des athlètes noirs sur le podium des Jeux Olympiques de 1968 mais ils vont plus loin. Qui sont donc ces êtres qui ne sont pas de la même espèce tranquille que nous et qui sont prêts à mourir pour une cause ?

A l’époque, on n’abuse pas encore du mot de radicalisation mais c’est la même interrogation qu’aujourd’hui qui surgit déjà. Comme disait Genet, supporter sans nuances des Panthères noires mais qui n’avait pas toujours tort, « L’ homme qui accepte d’être tué pour les idées qu’il défend est devenu si rare ! »

Exposition Attica USA 1971, images et sons d'une révolte. Du 11 septembre au 4 décembre 2016 à Cherbourg, au centre d'art Le Point du Jour.

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