L’histoire est une discipline. Mais la préparation d’un livre sur le Grand Soir, comme la préparation du Grand Soir lui-même, suppose d’abord l’indiscipline.

Manifestation des mineurs dans le Pas-de-Calais en 1906 - illustration dans Le petit journal
Manifestation des mineurs dans le Pas-de-Calais en 1906 - illustration dans Le petit journal © Getty / Photo 12

Nous sommes autour de 1900, dans une atmosphère de changement de siècle. Il y a peu, les ruines du Paris de la Commune fumaient encore ; les hommes en habit noir de la Troisième République sont au pouvoir mais les anarchistes ne veulent pas passer la moindre alliance avec eux. Leur but, c’est l’émancipation, sans compromis. Ils veulent croire que sous leurs coups de boutoir le vieil ordre bourgeois vermoulu va s’écrouler. Il y aura un soir, il y aura un matin, un soir chantera le coq rouge et l’aube se lèvera sur une ère nouvelle où les gueux camperont dans les maisons des riches.

Il y a, dans ces années-là, un moment libertaire du mouvement ouvrier français. Délaissant l’action directe, ce qu’ils avaient appelé la propagande par le fait – le fait violent, les anarchistes ont investi les Bourses du travail et la CGT. Ils conjuguent ensemble Grand Soir et grève générale. Il ne s’agit plus de dire le chapelet des grèves revendicatives. Il faut un arrêt de toutes les forces de la nation. Une grève généralissime. Dès 1904, ils dessinent un horizon : le Premier mai 1906.

Les anarchistes savent que ce qui est le plus difficile, ce n’est pas la mobilisation des individus pour des défilés de masse. C’est la transformation de chacun des individus qui y participent. Quand serons-nous enfin en état de désobéissance ? Pas d’émancipation du monde sans émancipation de l’homme.

Aurélie Carrier, une jeune historienne de trente ans, essaie d’entrer dans le désir qui circule si ardemment à cette époque. Ce n’est pas facile non plus. Il faut voyager avec méthode entre les archives, les journaux, les brochures, les chansons. L’histoire est une discipline. Mais la préparation d’un livre sur le Grand Soir, comme la préparation du Grand Soir lui-même, suppose d’abord l’indiscipline.

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