Hubert Védrine, le secrétaire général de l’Elysée au temps de François Mitterrand avait raison de dire : « On ne peut parler au public américain que dans son langage… »

Le Président français Emmanuel Macron entame ce lundi 23 avril une visite d'État de trois jours sur le sol américain.
Le Président français Emmanuel Macron entame ce lundi 23 avril une visite d'État de trois jours sur le sol américain. © AFP / Ludovic Marin

Le premier grand voyage politique transatlantique qui frappa les esprits fit celui du Président du Conseil Pierre Laval, en 1931. La crise américaine menaçait de s’étendre à la France, il y avait le feu. L’ambassadeur de France à Washington Paul Claudel nota qu’à son habitude Laval parla en maquignon auvergnat mais le président avait pris la précaution de se faire accompagner de sa fille Josée : à 20 ans à peine, elle  avait déjà trois séjours linguistiques en Angleterre à son compte et elle fut un truchement utile.

Est-il permis de faire suivre le nom de Laval par celui de De Gaulle ? Le général, malgré son long séjour à Londres, ne veut parler qu’en français. Lors du voyage de 1960, l ’ambassadeur de France admire la chaise à roulettes qu’utilise l’interprète qui se place derrière les convives pendant les dîners. Le truchement s’arroge parfois la liberté de corriger le propos initial du général. Ainsi quand devant un stade immense à San Francisco, il s’écrie : Vive Chicago » !

Laval 1931, De Gaulle 1960… Le rapprochement est d’autant plus mal venu que, dans le premier cas, il s’agit d’une visite motivée par l’urgence et dans le second d’une visite d’État préparée de longue date. Une visite d’État, ce sont des mois de réunions préparatoires, des cérémonies en rafale, des dîners en série. Les présidents français, au total,  n’en effectuèrent que peu : en 1951, 1960, 1970, 1976, 1984, 2007 et encore en format un peu réduit et 2014. Aux États-Unis, les récents présidents américains Bush et Obama ne goutaient guère ces démonstrations de prestige à l’ancienne. Trump, on le sait, n’en a pas organisée avant  cette semaine, il consent à l’effort pour marquer sans doute l’amitié paradoxale qu’il porte à Emmanuel Macron.

On sait que le président français n’aura pas besoin d’interprète. En revanche, il se fera sûrement celui  des autres pays de l’Union européenne, profitant du fait que la France supplante actuellement l’Allemagne dans les la représentation que se fait Trump de notre continent. Il sera aussi auprès de l’impétueux président américain l’interprète du camp de la raison…

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