Monastère de Tibhirine vu des champs en 2010
Monastère de Tibhirine vu des champs en 2010 © cc / Ps2613

C’était une humble communauté monastique d’Algérie qui n’aspirait qu’à la dernière place, dans l’ombre. L’histoire en a décidé autrement. Il y a vingt ans précisément, sept cisterciens de Notre-Dame de l’Atlas ont été enlevés ; en mai, leurs corps ont été retrouvés et aujourd’hui encore, on s’interroge régulièrement sur les circonstances et les responsables de leur calvaire.

On peut certes dire : il n’y a rien de nouveau sous le soleil des assassins. Pendant la guerre civile qui déchirait l’Algérie, il était déjà des combattants d’Allah qui ne souffraient pas la présence de non-musulmans sur des terres musulmanes. Ce qui diffère cependant aujourd’hui, c’est l’expansion géographique indéfinie des champs de bataille : n’importe qui a le sentiment d’être en danger n’importe où.

Les moines de Tibhirine, eux, avaient depuis longtemps le sentiment d’être au pied d’une mort imminente. Ils avaient fait vœu de stabilité dans leur monastère ; la population des alentours même si elle avait voté pour le FIS, le parti fondamentaliste, les pressait de ne pas l’abandonner ; ils se sentaient en charge d’elle alors même qu’ils n’avaient pas de famille à soutenir. Les non-croyants diront que leur courage était la forme aboutie de leur conscience professionnelle. Et les croyants que, ressuscités par leur profession monastique, ils avaient moins de raison d’avoir peur que les autres.

Si particulière qu’elle soit, l’expérience de Tibhirine en dit long aujourd’hui. Malgré les pressions des autorités, les Algériens de la région n’ont pas consenti à ce que le lieu devienne une ruine et soit rayé de la carte tandis que, de ce côté de la Méditerranée, le public a fait fête aux innombrables livres et films consacrés à l’aventure. Comme si, en pleine montée des périls, ce lieu d’exception constituait comme une promesse.

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