Les quinze garçons qui remportèrent d’un trait le Tournoi des Cinq nations cette année-là, ce n’étaient pas des hommes, c’étaient des chairs d’assaut.

Le 06 juin 1977, l'équipe de France de rugby et son capitaine Jacques Fouroux posant au côté du Premier ministre Raymond Barre (C) sur les marches de l'Hôtel Matignon après leur Grand Chelem lors du Tournoi des Cinq Nations.
Le 06 juin 1977, l'équipe de France de rugby et son capitaine Jacques Fouroux posant au côté du Premier ministre Raymond Barre (C) sur les marches de l'Hôtel Matignon après leur Grand Chelem lors du Tournoi des Cinq Nations. © AFP / STF

Les quinze garçons qui remportèrent d’un trait le Tournoi des Cinq nations cette année-là, ce n’étaient pas des hommes, c’étaient des chairs d’assaut. Ils mangeaient comme soixante. N’étant pas professionnels, ils n’avaient pas de temps à consacrer à la diététique. Ni non plus à la mathématique du jeu. Pas davantage à l’apprentissage de l’anglais. Le président de la Fédération de rugby ne connaissait pas non plus l’anglais ; c’était un radical-socialiste d’Agen où on ne le parlait guère et, pour être reçu royalement dans l’Afrique du Sud de l’apartheid, il n’avait pas besoin de parler la langue.

Mais trêve de polémique ; en ces dernières semaines de l’hiver 1977, des dizaines de milliers de spectateurs au nez rougi par le froid et des millions de téléspectateurs chauffés par Roger Couderc crient « Allez les petits ». Et le 19 mars, c’est l’ultime victoire, contre l’Irlande. Thomas Boespflug , dans un article de Marianne à qui nous empruntons notre titre, finit par écrire, à court d’épithète : « Ce fut une comète dont on ne sait pas si elle repassera jamais. »

En réalité, 1977, ce n’est pas seulement une victoire, c’est le début d’une transition. Depuis Agen, le président Albert Ferrasse continue de s’arc-bouter sur l’amateurisme. Mais les membres plus remuants de l’équipe de 77, auréolés de leur palmarès, constituent une sorte de club souterrain qui indique des voies nouvelles et va accompagner les évolutions inéluctables du rugby. C’est même avec l’appui de tel ou tel d’entre eux que les vieilles équipes parisiennes remontent à la surface. Ce rugby parisien dont on a beaucoup parlé ces jours-ci avec le projet avorté de fusion entre le Racing et le Stade français. Car quarante ans après le Grand Chelem, le rugby s’identifie sans doute moins avec le Sud-Ouest mais il repose toujours sur le patriotisme de club !

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