Soljenitsyne disait que tous ceux qui ont permis que ses « écrits dans un souterrain » soient préservés clandestinement puis voient le jour avaient beaucoup sacrifié sans même recevoir en contrepartie « l’admiration des hommes qui rend plus douces la mort et la ruine de nos vies ».

Alexandre Soljenitsyne et son épouse à Paris en 1993
Alexandre Soljenitsyne et son épouse à Paris en 1993 © Getty / Pascal J Le Segretain

C’est le centenaire de la naissance de Soljenitsyne et il aurait aimé qu’on salue les invisibles, comme il les nommait, tous ceux qui ont permis que ses « écrits dans un souterrain » soient préservés clandestinement puis voient le jour. En Union soviétique, ils formaient une conspiration du secret, un « triangle de soutènement ». Soljenitsyne disait qu’ils avaient beaucoup sacrifié sans même recevoir en contrepartie « l’admiration des hommes qui rend plus douces la mort et la ruine de nos vies ». Ceux qui, à l’étranger, ont contribué à diffuser son œuvre ont été souvent mieux récompensés. Mais ce n’est pas le cas de tous.

Qu’on pense aux courageux attachés culturels de l’ambassade de France, Stéphane Tatischeff et Yves Hamant qui servaient d’intermédiaires en prenant leur part de risque. Ou à notre témoin d’aujourd’hui, Luc de Goustine. Qu’il soit resté en coulisses n’étonne pas vraiment. Au théâtre où il a beaucoup travaillé, il a beaucoup moins été acteur que traducteur. Et dans tous les lieux où il se tient par fidélité, la tentation du départ l’habite. C’est un gentilhomme dissident à sa manière.

Grand connaisseur des troubadours et des ménestrels, il est, comme eux, habile à tous les tours. Il est traducteur, on l’a dit, écrivain, il a tenu une librairie et même dirigé un foyer Emmaüs. Editeur, il a été le premier sur la place de Paris à signer un vrai contrat avec un représentant de Soljenitsyne. C’était en 1971, pour le début de « La roue rouge ». L’écrivain avait déjà reçu le Nobel de littérature mais il vivait isolé, « empêché », en Union soviétique et il lui fallait bâtir à l’étranger ce qui allait devenir ses deux cathédrales, « La roue rouge » donc et « L’archipel du Goulag ».

Exposition Alexandre Soljenitsyne, un écrivain en lutte avec son siècle à la Mairie du 5ème arrondissement de Paris jusqu'au 9 janvier 2019

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