Il avait le sens des opportunités, en témoigne son échappée dans la course présidentielle après la mort de Georges Pompidou, mais c’était bien mieux qu’un pragmatique. Il annonçait un projet et il affichait une foi raisonnée : il n’est pas impossible de moderniser la France, disait-il, et il faut le faire dans le calme

Conférence de presse de Valéry Giscard d'Estaing au ministère des finances à Paris en 1973
Conférence de presse de Valéry Giscard d'Estaing au ministère des finances à Paris en 1973 © Getty / Gilbert UZAN

Héritier de deux lignées privilégiées, il était né coiffé mais il s’était donné, avant d’être élu président à 48 ans, un visage singulier. Il était parlementariste mais il avait adopté les codes de la Vème République. Ministre du général de Gaulle, il était néanmoins resté libéral. Plutôt que de la grandeur de la France, il préférait parler de son rayonnement et il s’était vite persuadé que celui-ci passait par l’Europe communautaire. Il avait le sens des opportunités – en témoigne son échappée dans la course présidentielle après la mort de Georges Pompidou mais c’était bien mieux qu’un pragmatique. Il annonçait un projet et il affichait une foi raisonnée : il n’est pas impossible de moderniser la France, disait-il, et il faut le faire dans le calme.

Le début de son septennat surprit beaucoup par son train de réformes à ce point entrées dans les mœurs qu’on a oublié qu’elles lui sont dues – du droit de vote à 18 ans à l’élargissement de la saisine du Conseil constitutionnel. Mais dans la bataille de la dépénalisation de l’IVG, il marqua le but contre son propre camp. Jacques Chirac et ses compagnons finirent par faire dissidence sans que l’opposition de gauche ne le rejoigne dans son souci d’une démocratie apaisée. Le deuxième choc pétrolier et ses conséquences l’obligèrent à slalomer de plus en plus serré. Et il finit par perdre le championnat. Depuis, la giscardisation est phénomène que les hommes politiques les plus brillants redoutent comme l’ouragan.

Après 1981, Giscard s’est remis en selle. Mais pour finir par deux échecs. En 2004, la perte de la présidence de sa chère région alors qu’il croyait avoir une Auvergne d’avance. En 2005, le référendum sur le projet de Constitution européenne. Il n’est sans doute pas loin de penser qu’une malédiction s’acharne sur lui. « Je devrais écrire un Dictionnaire amoureux de l’ingratitude », déclara-t-il un jour. Le moment Giscard ne mérite-t-il pas une requalification ?

Programmation musicale :

  • André Verchuren et son orchestre La Giscardienne  (1971)
  • Les Charlots Ce soir j'attends Valéry (1975)
  • Míkis Theodorákis Changer la vie (1977)
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