La formation de Churchill à la parole, c'est la rhétorique à l'ancienne telle qu'on la pratiquait sur les tréteaux électoraux et au Parlement. Telle que l'avait pratiquée son père, Lord Randolph.

Winston Churchill en campagne électorale à Epping en 1924
Winston Churchill en campagne électorale à Epping en 1924 © Getty / Hulton Archive

Je vais avoir la prétention, dans cette chronique, de me mettre sous l'égide de Winston Churchill. S'il est un grand parleur qui mérite d'être admiré, c'est lui.

Sa maxime fondatrice, c'était : "Puisque je parle, on m'écoute nécessairement".

Sa première intervention publique avait été pour défendre un music-hall dont les autorités victoriennes voulaient limiter l'accès pour des raisons de santé... morale. Il avait été écouté avec la plus grande attention par les demoiselles qui arpentaient le promenoir et les messieurs seul qui venaient les y rejoindre.

Depuis, il ne lui était pas venu à l'esprit qu'on put ne pas s'intéresser à  ce qu'il racontait.

Sans cette illusion-là, il n'y a pas de conteur ou de chroniqueur qui tienne.

Churchill n'a pratiquement jamais parlé à la radio avant 1938. Le fondateur de la BBC ne pouvait pas le supporter et l'avait interdit d'antenne.

La formation de Churchill à la parole, c'est la rhétorique à l'ancienne telle qu'on la pratiquait sur les tréteaux électoraux et au Parlement. Telle que l'avait pratiquée son père, Lord Randolph qui, soit dit en passant, le tenait pour un propre à rien mais dont il analyse l'art oratoire dans la biographie qu'il lui a consacrée - un livre qui a eu beaucoup de succès, le seul service qu'ait rendu le père au fils. Winston, comme son père, multipliait les meetings. Il y répétait: "Il faut faire confiance au peuple, vous avez le droit d'être informés même du pire car vous saurez l'affronter". En même temps, il utilisait des trucs. Des objets qui faisaient image, par exemple. Le nœud papillon, le cigare. La photo qui fait la couverture du livre d'Andrew Robert le montre tel un bouledogue, prêt à mordre. Le jeune photographe canadien qui l'a prise vient de lui demander de déposer son cigare dans un cendrier et il est furieux d'avoir perdu son attribut.

Encore un truc que Winston a repris de son père : farfouiller dans ses papiers pour retrouver un chiffre, une citation ou fouiller dans ses poches pour chercher les allumettes qui vont permettre de rallumer le cigare. Ça ne sert qu'à retenir l'attention. La mémoire de Churchill, gargantuesque, a retenu tous les éléments que son travail a emmagasinés et, généralement, il laisse son cigare éteint.

Il aime aussi raconter des histoires. Il était une fois deux grenouilles tombées dans une jarre de lait. La première, désespérée, se met sur le dos et se laisse couler. La seconde, pugnace, nage toute la nuit avec tant d'énergie qu'au petit matin, la jarre de lait est devenue une motte de beurre au sommet de laquelle elle se tient, épuisée mais triomphante.

L'optimisme donc. Mais ne pas oublier l'utilisation des larmes dont Winston avait le don. Retrouvant la France à l'hiver 44 pour une longue tournée avec le général de Gaulle, il prévient dès l'arrivée: « Je vais pas m'arrêter de sangloter ». Et ça n'a pas manqué. Les Parisiens hurlaient sur les Champs-Elysées et il pleurait.

Ce sera évidemment à consommer avec modération. On sait que Churchill adorait le champagne, le whisky et la bénédictine pour faire passer le tout. Une fois qu'une de ses amies crut le voir saoul, il lui répondit: "Je suis peut-être saoul, ma chère Betsie mais je ne le serai plus demain et vous, vous serez toujours bête et méchante. »

Ouvrage : Churchill de Andrew Roberts (Perrin)

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