Ali Recevant le Bay'a (serment d'allégeance) - manuscrit de Maktel - i Ali Resul of Lami'i Chelebi - fin XVIème s.
Ali Recevant le Bay'a (serment d'allégeance) - manuscrit de Maktel - i Ali Resul of Lami'i Chelebi - fin XVIème s. © cc / Harvard College
Prétendre que le gouvernement d’un pays doit être divin et passer par des formes républicaines, c’est la quadrature du cercle. En Iran, le suffrage universel désigne les 290 membres du Parlement, qui ont d’ailleurs moins de pouvoirs que nos députés, et les 88 membres du Conseil des experts, qui sont censés veiller à la jurisprudence dans le respect des traditions juridico-religieuses. Mais c’est le Conseil des douze Gardiens de la Révolution qui trie - et sévèrement- entre les candidats, décidant qui peut se présenter devant les électeurs. Quand, d’aventure, le président de la République se veut réformateur, ce qui est le cas aujourd’hui, ses partisans sont quasi systématiquement éliminés avant d’avoir pu concourir. C’est ainsi que le scrutin du 26 février risque une fois de plus de décevoir les attentes de la population. Les « savants en religion » sont là pour les conjurer. Quelle étrange histoire que celle du shiisme. Après les assassinats des imams Ali et Hussain, leurs successeurs s’étaient volontairement tenus hors de la politique. Puis le douzième imam choisissant l’occultation et annonçant qu’il ne reviendrait qu’à la fin du Temps, il a fallu compenser le vide qu’il laissait. Les shiites se retrouveront associés aux pouvoirs dès le Xème, dans une très vaste zone bien au-delà de leur aire d’influence habituelle ; au XVI, recentrés sur l’Iran, ils se verront reconnaître comme religion d’état. Donc bien avant le khomeinisme, qui amène à incandescence le système des docteurs de la loi et achève le grand retournement du shiisme. Aujourd’hui, dans la lettre des textes, on cherche des applications juridiques pratiques alors qu’à ses origines le shiisme partait de la lettre pour se mettre en quête du sens. On est passé d’une polarisation spirituelle à une polarisation juridique.
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