A l’ouverture du Louvre d’Abu Dhabi, on a beaucoup parlé budget en insistant sur les bénéfices que tirait le vieux Louvre de son dédoublement. On a parlé architecture, évidemment : dans le plus beau musée du monde, le soleil traverse le dôme de Jean Nouvel comme une pluie de lumière – je cite un communiqué de presse.

Le Louvre Abou Dabi
Le Louvre Abou Dabi © Getty / Tom Dulat

  A l’ouverture du Louvre d’Abu Dhabi, on a beaucoup parlé budget en insistant sur les bénéfices que tirait le vieux Louvre de son dédoublement. On a parlé architecture, évidemment : dans le plus beau musée du monde, le soleil traverse le dôme de Jean Nouvel comme une pluie de lumière – je cite un communiqué de presse. On a parlé muséographie : quand, par exemple, le choix est fait de présenter ensemble une Vierge médiévale à l’enfant, un statue d’Isis, une figure maternelle du Congo, comment ne pas se féliciter de voir exalter ce que l’humanité a en commun?

  Maintenant qu’est retombée cette publicité un peu assourdissante, est-il possible de faire entendre une interprétation historique et politique de cette ouverture qui diffère du langage officiel ?

  Le « Louvre d’Abu Dhabi » n’a pas surgi brusquement des sables. Les principautés du Golfe ne nous ont pas attendues pour multiplier les musées dès les années 1960-1970. Mais c’étaient des établissements à usage d’abord national, des musées-racine. La nouvelle génération d’établissements qui est pensée à partir des années 1970 répond à d’autres besoins : ce sont des plates-formes culturelles qui doivent être compatibles avec les démocraties occidentales où les principautés cherchent des soutiens politiques.

  Abu Dhabi n’est  pas la seule principauté à se tourner vers cette stratégie. Le Qatar, son frère ennemi, est plutôt en avance en la matière. De même, le Louvre n’est pas le seul partenaire d’Abu Dhabi; dans l’île-aux-musées où il figure le premier, on attend bientôt l’inévitable Guggenheim.

  Les musées, c’est donc affaire de diplomatie et de calcul. Faisant ses comptes, comme l’Etat le lui demande sans cesse, le Louvre  est satisfait de ses bénéfices. Quant à la France, se regardant au miroir que lui tend la famille royale locale, elle se félicite de rester elle-même, avocate  du dialogue.  «  Nous avons tendu un piège à la bêtise et l’intolérance », déclare le président de la République. A moins que ce ne soit le clan régnant qui n’ait tendu le sien : au moment précis où il  étend sa monarchie absolue, Paris le déclare garant de la tolérance et du progrès. On se souvient de Catherine II de Russie : elle achetait sa bibliothèque à Diderot et elle était promue illico despote éclairée tandis qu’elle aggravait, en toute impunité, le servage dans son pays. 

Site du Louvre Paris

Site du Louvre Abu D'Abhi

Programmation musicale : Sable de Zygmunt Krauze

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