Il a commencé son parcours sous la Monarchie de Juillet et traversa sans trop d’encombres le Second Empire, surveillé d’assez près par le pouvoir qui ne le considérait cependant pas comme dangereux. En 1871, il fit ce qu’il regrettait peut-être de n’avoir pas fait en 1848, son engagement dans la Commune lui coûta cher

Autoportrait à Sainte-Pélagie (1872)
Autoportrait à Sainte-Pélagie (1872) © Getty / Heritage Images

► Rediffusion du 14/02/2019

Entre le Doubs où il est né en 1819 et Paris où il « monte » en 1839,  Gustave Courbet construit un rapport que beaucoup voudraient pouvoir imiter. A Paris, il affiche ses origines, il campe un personnage de  paysan, la pipe fichée au coin de la bouche. Il se produirait volontiers  en sabots pleins de paille. En même temps, dans son village où il  revient souvent, il n’est pas gêné de passer pour un artiste bohême de la capitale. Quand il peint « Un enterrement à Ornans », les habitants sont flattés d’être pris comme modèles par l’enfant du pays puis, quand ils apprennent ce qu’à Paris on dit de leurs trognes, ils font la tête. Courbet se tient souvent dans cette situation, rompant le consensus  aussi bien qu’il l’a créé. Et assumant la provocation, non sans  jactance.

Il a commencé son parcours sous la Monarchie de Juillet. Il aurait aimé pouvoir adhérer vraiment à la Deuxième République de 1848 mais la répression de juin glaça ses espoirs. Il traversa sans trop d’encombres le Second Empire, surveillé d’assez près par le pouvoir qui ne le  considérait cependant pas comme dangereux. Mais en 1871, il fit ce qu’il  regrettait peut-être de n’avoir pas fait en 1848. Son engagement dans la Commune lui coûta cher. La chute de la colonne Vendôme dont on l’accusa provoqua se propre chute.

Dès qu’il fut libéré, il s’en retourna à Ornans, aspirant à replonger  les mains dans sa terre, la Franche Comté et dans sa rivière, la Loue. Et à peindre les truites et les hirondelles. Pourtant il n’eut bientôt  plus d’autre solution que l’exil. Il mourut en Suisse, en 1877, malade, esquinté par l’absinthe mais, écrivit Jules Vallès, « sous un ciel que  n’avait pas terni la vapeur des grands massacres. »

Pour le premier centenaire de sa naissance, en 1919, son corps revint chez lui à Ornans. Encore un effort et il pourrait un jour entrer au Panthéon, le monument aux pierres sévères et grises si peu accueillant aux artistes et qui serait éclairé par ses images populaires, joyeuses, chaleureuses. Mais ce serait une provocation qui ne ferait pas  consensus.

Bibliographie

  • Réceptions de Courbet. Fantasmes réalistes et paradoxes de la démocratie (1848-1871) de Thomas Schlesser (Les Presses du Réel).
  • Courbet face à la caricature. Le chahut par l'image de Thomas Schlesser (Kimé).
  • Transferts de Courbet de Yves Sarfati (Les presses du Réel).
  • Bonjour monsieur Courbet de Jean-Pierre Ferrini (Gallimard).

Programmation musicale

Rêverie et caprice op.8 de Berlioz, interprété par Yehudi Menuhin, dirigé par John Pritchard

Les invités
  • Thomas SchlesserHistorien de l’art, professeur à l'Ecole Polytechnique et directeur de la Fondation Hartung-Bergman
Programmation musicale
  • Djeuhdjoah & Lieutenant Nicholson, Djeuhdjoah, Lieutenant Nicholson
    Djeuhdjoah & Lieutenant Nicholson, Djeuhdjoah, Lieutenant NicholsonTout s’assemble2019
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