C’est une singularité française que de vouloir embrasser l’universel. C’est une tradition française que d’intervenir en Afrique, dans le « champ », ainsi qu’elle disait autrefois, où elle entend garder une influence.

Soldat français devant un groupe de Tutsis dans un camp de réfugiés à la frontière zaïroise en juin 1994
Soldat français devant un groupe de Tutsis dans un camp de réfugiés à la frontière zaïroise en juin 1994 © Getty / Scott Peterson

Quand François Hollande envoie les troupes au Mali, il dit que c’est le moment où il se sent exercer sa fonction au plus près

Lorsqu’en juin 1994, François Mitterrand acquiesce à l’opération Turquoise qu’Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères de cohabitation, lui propose, il ne peut afficher la même certitude…

Au Rwanda, la France a pris le relais de l’ancien colonisateur belge. Des accords militaires ont été signés avec le régime hutu au pouvoir à Kigali  qui a été de plus en plus tenté de les utiliser dans l’intention d’éliminer la minorité tutsi. Celle-ci s’est de plus en plus reconnue dans un mouvement de libération du FPR lancé depuis l’Ouganda voisin. En 1993, la France a tenté d’imposer un accord de démocratisation à Arusha qui ne pouvait être respecté. En avril 1994 le génocide des tutsi commence. Sa rapidité excède ce qu’on a connu ailleurs dans le XXème siècle. 800 000 morts au bas mot du printemps à l’été.

Depuis, les responsables politiques français successifs sont tentés de dire qu’ils avaient tout bien fait depuis 1974 mais que les réalités du Rwanda ont contrecarré leurs intentions. Leur profession étant de trouver toujours des solutions, ils affirment que l’opération Turquoise, en juin 1994, était la moins mauvaise possible: elle allait au moins permettre une sécurisation humanitaire.

Au Rwanda, le régime du vainqueur, Kagame, n’a jamais cessé d’accabler Paris. On comprend que les militaires de l’opération Turquoise qui pour la plupart entendaient servir dans l’honneur en soient indignés. Néanmoins, il faudra bien qu’un jour, avec le secours des archives, les abcès soient vidés. Quel était précisément le contenu de l’ultime mission que la France a pu exercer dans le pays. Combien de victimes du génocide sauvées ? Combien de génocidaires protégés ? 

Chacun réécrit l’histoire pour dire qu’il n’a pas fait de mal. Qu’on sache d’entrée de jeu que l’histoire, ici, ne consistera pas à  dire qui a fait le bien et le mal.

Vincent Hugeux est grand reporter au sein du service Monde de l'Express depuis 1990, où il y est chargé du traitement de l'Afrique subsaharienne et du Proche et Moyen-Orient. Il a couvert notamment le génocide rwandais en s’y rendant à quatre reprises en mai, juin, juillet / août et octobre 1994.

Dans cet entretien complet (dont vous avez pu écouter des extraits dans l’émission) donné au siège de l’Express le 6 juin dernier à Franck Olivar, Vincent Hugeux évoque le génocide, la ville de Kigali, la position des politiciens français, du Vatican et des prélats sur place, son travail de grand reporteur, l’opération Turquoise et l’univers mental des officiers et soldats français au Rwanda.

20 min

Entretien avec Vincent Hugeux sur le Rwanda

Par Franck Olivar

Bibliographie :

Rwanda, ils parlent. Témoignages pour l'histoire de Laurent Larcher (Seuil).

Au nom de la France. Guerres secrètes au Rwanda de Benoît Collombat, David Servenay   (La Découverte).    

Génocide au Rwanda : la "faute" de la France par Benoît Collombat, Cellule investigation de Radio France

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