Le 10 juillet 1940, les membres des deux Assemblées entrèrent en séance dans la salle Art nouveau du Grand Casino de Vichy. Les uns et les autres occupaient le parterre et les loges, le pupitre où les employés, d'ordinaire, vérifiaient les places tenait lieu de tribune. La séance fut menée à marche forcée.

Réunion de l'Assemblée nationale au Casino de Vichy lors du vote de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940
Réunion de l'Assemblée nationale au Casino de Vichy lors du vote de la loi constitutionnelle du 10 juillet 1940 © Getty / Keystone-France

Série "La tragédie de juin 40"

En juillet 1940, quand le gouvernement de l'armistice élit domicile à Vichy, capitale d'opérette de la" dictature paysanne" que veut établir Pétain, une abrogation de la Constitution républicaine n'était pas inévitable. Le député Flandin proposa ainsi au président de la République de démissionner : nous autres parlementaires, avait-il dit, élirions ensuite le maréchal à votre place. Mais Lebrun qui pensait que son rôle consistait à ne jamais prendre d'initiative, refusa. D'autres membres de la Haute Assemblée, tous anciens combattants, imaginèrent ensuite de seulement suspendre les textes constitutionnels et de confier à Pétain une dictature à la romaine, momentanée et encadrée.

Mais c'était compter sans la ténacité du vice-président du Conseil, Pierre Laval qui, non content d'avoir amené l'administration à quelques kilomètres de son domaine de Chateldon, entendait régler son compte à une République à qui il devait tout mais qui le tenait en lisière depuis 1936.

A peine les députés et les sénateurs, tétanisés par l'effondrement de leur monde avaient-ils rejoint la ville d'eaux où ils n'avaient aucun repère que Laval et ses amis les entreprirent. Il les flattait par des promesses individuelles, il les menaçait collectivement et en même temps, il ne cachait pas son jeu. Il prévenait que si la France n'adoptait pas de nouvelles institutions qui feraient place aux principes qu'on retrouvait en Italie ou en Allemagne, c'était le vainqueur qui les imposerait par la force.

Le 10 juillet, les membres des deux Assemblées entrèrent en séance dans la salle Art nouveau du Grand Casino de Vichy. Les uns et les autres occupaient le parterre et les loges, le pupitre où les employés, d'ordinaire, vérifiaient les places tenait lieu de tribune. La séance fut menée à marche forcée. Le président du Sénat et de celui de l'Assemblée nationale ne dressèrent pas beaucoup d'obstacles. En deux temps trois mouvements, les pleins pouvoirs furent votés à Pétain et un nouveau régime nommé "Etat français" abolit la République.

Le vote avait été apparemment sans appel. 570 contre 80. Les années qui suivirent, les 80 ne furent cependant pas tous des résistants et parmi les 570, il en fut beaucoup qui refusèrent de plus en plus les accommodations avec Vichy. Un jury d'honneur, en 1946, "releva" le tiers des parlementaires de gauche et le quart des parlementaires de droite qui avaient voté les pleins pouvoirs.

Néanmoins la Libération vit l'accès aux responsabilités de toute une nouvelle génération. Comme l'écrivait "Combat", les résistants étaient enclins à ne plus rien demander aux parlementaires qui avaient consenti à la fin de la  République. Plus exactement, disait le journal issu de la clandestinité, « nous leur demandons de ne plus rien demander ».

Le site du Centre international d'études et de recherche de Vichy sur l'histoire de la France de 1939 à 1945 

Bibliographie : 

  • La France libre de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (Folio)
  • Les Orphelins de la République. Destinées des députés et sénateurs français (1940-1945) de Olivier Wierviorka (Seuil)
  • Les Quatre-vingts de Pierre Miquel (Fayard)
  • Vichy, juillet 40 de Louis Noguères (Fayard)
  • Voter Pétain ? Députés et sénateurs sous la Collaboration (1940-1944) de François-Marin Fleutot (Pygmalion)
  • À mort la Gueuse ! Comment Pétain liquide la République à Bordeaux 15, 16 et 17 juin 1940 de Gérard Boulanger (Calmann-Lévy)
  • Pierre Laval, un mystère français de Renaud Meltz (Perrin)
  • Vichy contre Vichy. Une capitale sans mémoire de Audrey Mallet (Belin)
  • L'Opéra de Vichy. Scène fastueuse de la Reine des villes d'eaux de Josette Alviset, Fabien Noble et Antoine Paillet (Bleu Autour)
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