Le Congrès de Berlin du 13 juillet 1878 par Anton von Werner - 1881
Le Congrès de Berlin du 13 juillet 1878 par Anton von Werner - 1881 © domaine public / Berliner Rathaus
C’est en accentuant dangereusement les lignes de fracture à l’intérieur du pays et en exploitant les peurs qu’elles suscitent qu’Erdogan réussit à fixer une moitié de l’électorat turc. C’est suffisant pour prolonger son pouvoir. Mais il lui faut aussi porter un projet de grandeur. La position géographique stratégique de la Turquie lui est pour cela d’un grand secours : elle est en effet un verrou régional indispensable pour le vieux système de défense atlantique et maintenant pour l’Union européenne qui veut se protéger des réfugiés comme des migrants. Pour l’exaltation d’un projet de grandeur, il faut aussi de l’ancienneté. Dans la région, la Turquie comme la Russie, comme l’Iran, héritent d’un passé qu’il est habile de réveiller si on veut se hausser du col. Toute une imagerie est alors mobilisée. Poutine s’est constitué pour recevoir un décor blanc et or inspiré des tsars du XVIIIème, décor qui finit par imprimer sa marque, à force d’être montré par les caméras et les photographes. Erdogan s’entoure de tout un apparat sensé rappeler le cérémonial qui entourait les sultans. On parle aujourd’hui de « soft power », de pouvoir de suggestion. On rappelle que le premier film turc, en 1904, avait choisi de montrer la destruction d’un monument du vieil ennemi russe. Ce n’était pas innocent. Aujourd’hui, les séries télévisées turques occupent une place considérable dans le monde. Quand l’une d’elles est consacrée à l’époque de Soliman sous le titre « Le siècle magnifique », elle est vue dans quarante pays et particulièrement dans ceux qu’occupait l’empire, du Maghreb à l’ancienne Turquie d’Europe et où le public dit : « On préfère cela aux vedettes américaines ». L’espace ottoman se reconstitue au moins ainsi et ce n’est pas rien.
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