Miró était un peintre tellurique : combien de fois n’a-t-il pas répété qu’il gardait les deux pieds dans la terre catalane pour mieux bondir vers le ciel ? Et c’était aussi un peintre du ciel : « Je dessinerai dans l’espace vide le mouvement et le chant des oiseaux. »

Le peintre Joan Miró dans son atelier en 1979
Le peintre Joan Miró dans son atelier en 1979 © Getty / Alain Dejean

C’est la deuxième exposition Miró au Grand Palais. La première avait eu lieu en 1974, au lendemain de ses 80 ans. Jacques Dupin qui avait travaillé de très près avec lui disait alors que Miró faisait le désespoir des biographes tant il avait mis tous ses soins à vivre à l’abri de l’anecdote et du pittoresque. C’était un homme à ranger ses tubes de peinture toujours dans le même ordre et à étiqueter tous ses flacons. Et il renforçait l’image de régularité qu’il renvoyait en opposant de longs silences à qui aurait voulu en savoir trop.

En réalité, la discipline qu’il s’imposait était sa manière de lutter contre la tentation de l’enlisement qui l’habitait. Sa méthode était de remonter sa pente mais sans la quitte r: l’instinct demande à être dressé par la méthode mais l’instinct a d’abord aidé à découvrir la méthode…

Après la guerre, il connut une renommée mondiale, son activité se démultiplia et il laisse trois Fondations de toute beauté à Barcelone, Palma et Mont-roig del Camp, ses villes-clés avec Paris. Mais là encore, il faut dépasser les apparences. Au plus haut du triomphe du fascisme, il s’était réfugié à Majorque, n’imaginant certes pas qu’il pourrait plus tard y faire construire son fameux « Grand Atelier » et il s’était préparé au silence de la clandestinité. « Quand les moyens de travail manqueront, disait-il, j’irai sur la plage. Et « j’utiliserai un roseau sur le sable ». Ou bien, ajoutait-il, « je dessinerai en pissant sur la terre sèche ».

La terre ! C’était un peintre tellurique : combien de fois n’a-t-il pas répété qu’il gardait les deux pieds dans la terre catalane pour mieux bondir vers le ciel ? Et c’était aussi un peintre du ciel : « Je dessinerai dans l’espace vide le mouvement et le chant des oiseaux. » Il prévoyait toujours en ce début des années 1940, que tout cela serait ensuite emporté par le vent. Prévision heureusement démentie. Il ne faut pas nourrir les chiens noirs de la mélancolie.

La rétrospective Miró au Grand Palais du 3 octobre 2018 au 4 février 2019

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