Quand on lit les Mémoires – 8000 pages dans la dernière édition de la Pléiade, c’est par bouts et par morceaux. Et si on fait l’effort de l’entendre, sa voix nous parvient comme une radio qui émettrait de loin mais qu’on ne percevrait plus qu’à travers les brouillages de notre époque, qui nous masquent le passé.

Le duc de Saint-Simon, portrait par Perrine Viger-Duvigneau - XIXème siècle
Le duc de Saint-Simon, portrait par Perrine Viger-Duvigneau - XIXème siècle © domaine public / RMN

Nous avons envie de lui poser des questions d’aujourd’hui. Par exemple : de quelle époque est-il vraiment ? Il raconte les dernières années de Louis XIV et la Régence mais il écrit beaucoup plus tard, dans les années 1740 , alors, dit joliment José Cabanis, qu’il porte la même perruque que Voltaire.

En 1749, alors qu’il en est enfin parvenu à l’année de la mort du Régent, il conclut ses 8000 pages d’un péremptoire : « je n’ai songé qu’à l’exactitude et la vérité ». Nous nous efforçons en conséquence à le prendre en flagrant délit d’erreur et, évidemment, nous y réussissons. Et pourtant, en arrachant à l’oubli toute une société qui a passé, il a fait œuvre d’histoire.

En revanche, nous en avons fait un maitre du style alors qu’il avouait lui-même laisser passer les négligences et ne pas chercher l’unité : « Je n’ai pu me défaire d’écrire rapidement ».

Insaisissable Saint-Simon. Il est vrai qu’il nous a prévenu : rien n’est facile quand on veut faire un portrait.

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