La centrale de Tchernobyl s’appelait Lénine et constituait un fleuron d’un système politique qui était bâti sur la dissimulation

Le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl en 2009
Le réacteur n°4 de la centrale de Tchernobyl en 2009 © cc / Wanrouter

« Le troisième jour sonna la trompette et il tomba du ciel une grande étoile ardente comme un flambeau et le nom de cette étoile est Absinthe ». Absinthe comme Tchernobyl. On peut appeler l’Apocalypse à la rescousse et faire de l’évènement d’il y a trente ans une lecture de fin du monde. C’est évacuer la question des responsabilités de la catastrophe.

La centrale de Tchernobyl s’appelait Lénine et constituait un fleuron d’un système politique qui était bâti sur la dissimulation. La zone interdite qui, depuis 1986, s’est constituée autour d’elle est d’ailleurs devenue une sorte de musée du soviétisme où dans les villes abandonnées rouillent les vieux panneaux d’autrefois : «Gloire aux formes armées, réalisons les décisions du XXVIIème congrès du parti ».

Mais il faut remonter plus avant. Cette région de l’Europe a connu tant de pogroms puis de massacres qu’elle a été appelée « terre de sang ». Pourtant nombre de vieux habitants sont revenus dans les villages malgré les consignes. Leurs aïeux ont connu la collectivisation, la famine organisée, l’occupation, mais sans doute pensent-ils qu’en se maintenant sur sa terre avec dignité, on perpétue l’aventure de l’humanité.

L’aventure de l’humanité peut-elle continuer ? Depuis, Fukushima est advenu. Un autre système, une autre histoire. Et cette interrogation qui, soudain, excède les pauvres limites de l’Histoire, si longue soit-elle. Pour combien de milliers d’années, de dizaines de milliers d’années, les zones, contaminées par un accident, le seront-elles ? Comment pouvons- nous poursuivre une aventure nucléaire dont les conséquences excèdent à ce point les paramètres de toute vie humaine ?

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