En juin 1935, à l’arrivée du Normandie dans le port de New York, les Américains lui firent fête : ils voulaient croire que la grande crise économique était conjurée

Arrivée du Normandie dans le port de New York au terme de son voyage inaugural.
Arrivée du Normandie dans le port de New York au terme de son voyage inaugural. © Domaine Public / Bibliothèque du Congrès des États-Unis

Les Français, avant même l’arrivée, avaient décroché le Ruban bleu, c’est-à-dire le record de vitesse de la traversée transatlantique. Il était auparavant détenu par l’Italie. Le lancement du Normandie puis celui du Queen Mary redonnaient l’avantage aux démocraties qui présentaient leurs bateaux comme des ambassadeurs pacifiques, face aux deux autres grandes puissances maritimes européennes, l’Italie et l’Allemagne. 

Le  Normandie ne tanguait ni ne roulait, sa taille impressionnait. La République qu’il  incarnait majestueusement était pourtant bien fragile. Pendant la construction, le gouvernement Laval avait sauvé de justesse la Compagnie générale transatlantique qui avait entamé les travaux et s’y noyait. Au départ du premier voyage, le chef de l’État, Albert Lebrun, avait présidé la parade, mais où en était  l’État ? Y avait-t-il encore un chef ? Le ministre de la Marine, en embarquant, représentait le gouvernement Flandin ; à l’arrivée, il n’y avait plus de gouvernement, il ne représentait plus rien.

Le Normandie était conçu pour près de 2 000 passagers. Pendant les rotations de sa brève carrière, il n’en embarquait en moyenne que la moitié. Le temps était à la contraction des échanges. L’été 38, en pleine crise internationale, la lutte pour le Ruban bleu entre le Normandie et le Queen Mary avait quelque chose de dérisoire.

Il est des êtres qui ont le destin passager des anges. Et des paquebots qui filent comme des comètes. La  mémoire longue qui nimbe le Normandie est aussi la conséquence de cette brièveté.

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