C’était déjà une audace de Jacques Martin, le créateur d’Alix en 1948, d’installer un héros de BD dans l’Antiquité. A l’époque, au lendemain de la Deuxième Guerre, nul n’y avait pensé. Jacques Martin propulsa en effet son personnage dans l’espace, au-delà du monde romain, jusqu’en Chine.

 "Les légions perdues" (couverture)
"Les légions perdues" (couverture) © Jacques Martin / Casterman

C’était déjà une audace de Jacques Martin, le créateur d’Alix  en 1948, d’installer un héros de BD dans l’Antiquité. A l’époque, au lendemain de la Deuxième Guerre, nul n’y avait pensé. Installer n’est pas le mot, d’ailleurs. Jacques Martin propulsa en effet son personnage dans l’espace, au-delà du monde romain, jusqu’en Chine. Mieux encore, Jacques Martin fit pénétrer l’avenir dans l’Antiquité. Ainsi, dans l’album « L’enfant grec », le Protoneion à Athènes qui était, en apparence, une fabrique de vases classique cachait, en réalité, un mystère …atomique. La bombe des années 1950 cinquante ans avant notre ère !

Audacieux, Jacques Martin était aussi astucieux. L’atmosphère catholique belge dans laquelle il travaillait, longtemps aux côtés d’Hergé, ensevelissait dans le silence le désir des hommes pour les femmes comme le désir des femmes pour les hommes. Qu’à cela ne tienne ! Alix fut dessiné comme un beau dieu grec selon les canons les plus académiques. Il fut flanqué d’un compagnon, Enak, aux cheveux longs et à la peau caramel, encore plus déshabillé sous prétexte qu’il était plus jeune. C’est ainsi qu’une série homoérotique s’inséra tranquillement dans les publications recommandées pour la jeunesse. Plus tard, Jacques Martin, badin, soupira qu’il n’était pas responsable des fantasmes de ses lecteurs. Quand se leva peu à peu la censure qu’il avait ainsi tournée, il introduisit d’ailleurs davantage de personnages féminins.

L’Alix d’aujourd’hui a 50 ans, il a les cheveux blancs et s’est enfin rhabillé. Mais en sénateur. C’est la dernière audace de la série. Jacques Martin, qui souffrait de cécité dans ses dernières années, avait dû lâcher la bride à son atelier. Et à peine était-il mort, en 2010, qu’Alix a reparu, vieilli d’un coup, les cheveux blancs, moins bien découplé mais toujours mince. Il ne passe heureusement pas tout son temps à Rome, qu’il n’avait guère fréquenté auparavant. L’empereur l’envoie souvent en mission. Nouvelles échappées d’un personnage infatigable dans le temps et dans l’espace…

Exposition "Alix - L'art de Jacques Martin" au Festival international de la Bande dessinée d'Angoulême.

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